OnlyFans : quand les sportives s’y mettent pour financer leur carrière

En quête d’une meilleure rémunération, les sportives de haut niveau sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers des plateformes comme OnlyFans pour espérer un complément de revenu. Jusqu’à ce que ces dernières se subsistent aux sponsors traditionnels. Voire, en deviennent carrément. 

La patineuse Alexandra Ianculescu, la bobeuse Lisa Buckwitz. Crédit photo : Instagram

Réseau social de référence en matière de contenus pour adultes, OnlyFans affiche désormais son logo sur les brassards de nouveaux sportifs, qui sont de plus en plus nombreux à assumer leurs activités sur la plateforme. Bouée de sauvetage pour beaucoup de femmes qui peinent encore à vivre de leur pratique, la plateforme questionne : même quand on atteint le haut-niveau, jusqu’où doit-on aller pour être payée dignement ? 

Un outil d’émancipation

Si à l’origine la plateforme britannique a été pensée comme un moyen de rapprocher les créateurs de contenu de leur communauté via une monétisation, très vite, elle a été envahie par les contenus de charge et est apparue pour beaucoup comme le moyen de se faire beaucoup d’argent, très vite. Un phénomène qui infuse doucement dans le monde du sport, là où les femmes peinent encore à obtenir une rémunération professionnelle, dans un premier temps, puis se rapprochant de celle des hommes dans un second. Manque de sponsors, de moyens alloués à différentes pratiques ou d’occasions, elles sont de plus en plus à conjuguer pratique sportive et photos sexy rémunératrices. “J’ai l’impression d’être déjà perçue comme un  sex-symbol dans le monde du sport . Autant en tirer profit,” résume Paige VanZant, ancienne combattante de l’UFC qui a rejoint OnlyFans en septembre 2022. Il faut dire que les écarts salariaux dans le sport entre les disciplines (le bobsleig ne rapporte pas autant que le football) et les genres peut vite être impressionnant. Si elle était l’une des joueuses les mieux payée de WNBA (la 3ème en 2018), avec environ 220 000 dollars par an, l’Australienne Elizabeth Cambag est encore loin des 35,7 millions de Chris Paul, également troisième joueur le mieux payé de la même année de NBA. Évoluant aujourd’hui dans le championnat chinois, elle a rejoint la plateforme OnlyFans en 2022. Et a récemment révélé au DailyMail avoir plus d’argent avec cette page qu’au cours de toute sa carrière en WNBA, pouvant empocher plus de 1,5 million de dollars en un an. Une information que TMZ a souhaité vérifier : “Vous connaissez le salaire en WNBA, ce n’est pas si difficile de gagner plus d’argent, peu importe ce qu’on fait, a-t-elle répondu au média, Je pense que les femmes devraient gagner plus d’argent en pratiquant le sport qu’elles aiment.” Ce qui est loin d’être le cas en WNBA, comme l’ont rappelée les joueuses en juillet dernier, en portant les t-shirt “Pay us what you owe us”. Soit “payez nous ce que vous nous devez”. Et pour cause : un récent rapport de RBC Gestion de patrimoine a révélé que les athlètes professionnels masculins gagnent en moyenne 21 fois plus que leurs homologues féminines.

Pour la perchiste olympique Alysha Newman, aucun doute : OnlyFans permet aux athlètes d’acquérir une forme d’indépendance. “Pendant des années, on a dit aux athlètes, et surtout aux femmes, comment se présenter. Je voulais renverser la tendance et m’approprier mon image. Ce n’est pas qu’une simple plateforme de contenu, c’est une plateforme d’indépendance,” a expliqué la médaillée de bronze aux Jeux olympiques d’été de 2024 à Newsweek. Rappelons qu’en moyenne, la préparation d’un sportif pour les Jeux olympiques peut coûter environ 100 000 dollars par an, rien que pour l’entraînement. Un coût également encouragé par le temps alloué à la préparation, qui laisse peu de place pour d’autres activités rémunératrices. “En tant que femme célibataire, avec un seul revenu, ce n’était pas envisageable pour moi,” se désole Sabrina Stanley, ultra-traileuse professionnelle, dans une interview pour Pop Sugar. “L’indépendance financière est un pouvoir, et elle m’a permis de prendre des décisions commerciales plus judicieuses et de réinvestir dans mes objectifs sportifs et ma marque personnelle,” reprend Alysha Newman. Pourtant, l’indépendance et la liberté, quand on est sportives, doit-elle forcément par la sexualisation ? “En tant qu’athlètes, on attend de nous que nous soyons des « athlètes féminines ». Cela signifie que nous ne pouvons pas nous approprier notre force. La confiance en soi, sous toutes ses formes, est stigmatisée, analyse Sabrina Stanley, toujours pour Women Sports, En matière de confiance en soi, on demande aux femmes de porter des shorts très courts et des brassières de sport, mais sans trop insister sur cette image. L’industrie peut sexualiser nos corps et tirer profit de nos images, mais si l’athlète s’empare de ce pouvoir et se sexualise elle-même, cela pose problème.”

Se réapproprier son image

La coureuse d’ultrafond américaine poursuit : “Les hommes peuvent se permettre d’être plus décomplexés, de dévoiler leur corps, et cela est perçu comme un signe d’athlétisme, la marque d’un coureur puissant. En tant que femme, je ne trouve pas acceptable de me présenter de la même manière. Avec OnlyFans, je peux dire : “Regardez le travail que j’ai accompli. C’est mon corps ; j’en suis fière, et c’est moi qui vais gagner de l’argent grâce à lui, pas l’industrie”.” Il n’y a qu’à observer les tenues des sportives, comparées à celles de leurs collègues masculins. Minijupes au tennis, short ultra-court au volleyball, maquillage de rigueur à la gym, et critiques lorsque les athlètes féminines tentent de se couvrir (on se souvient encore de la polémique de la combinaison de Serena Williams en 2024) : le corps de la sportive n’appartiendrait-il déjà pas au domaine public ? Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux, pour la judokate marocaine d’origine sénégalaise As­maa Niang, qui déclare pour Women Sports : “Je vois des athlètes poster des photos où elles dévoilent beaucoup leur corps. Plus elles en montrent, plus elles obtiennent de ‘‘likes’’, ce qui dé­cidera les sponsors à les suivre ou pas. On devient un produit sur les réseaux, porté par les influenceuses, les artistes, et maintenant les sportives, qui ont dû prendre le créneau pour se faire une place. Avant ça, il y avait les magazines people, mais là c’est plus accessible.”  

Un constat qui influence les sponsors. Sébastien Haissat, docteur en sociologie qui tra­vaille sur les représentations de l’idéal féminin dans l’imaginaire collectif rappelle, toujours pour Women Sports, l’exemple de la joueuse de tennis Anna Kournikova. Si elle n’a jamais été la meilleure dans son sport, elle a pourtant jouit d’une couverture médiatique deux fois supérieure à ses concurrentes du top 3. “Et certainement qu’elle a obtenu des revenus liés à sa médiatisation, ce qui appuie l’idée d’un système médiatique basé sur le culte du corps avant les ré­sultats sportifs. Ça conforte aussi le fait que l’on parle d’abord de la beauté de la femme sportive et que sa performance est secondaire.” Il est rejoint par Sandy Montañola, maîtresse de conférences spécialisée dans les questions de sport, de genre et de mé­dias : “Les médias doivent rentabiliser les dépenses engagées pour les droits de diffusion, via les pubs, les sponsors et l’audience. D’où des plans de caméra visant à sexualiser la femme en pensant toucher la cible d’hommes hétérosexuels derrière leur téléviseur. Les athlètes elles-mêmes vont parfois survaloriser leur phy­sique, parce que cela répond aux attentes qu’elles imaginent des sponsors et des TV. Sur le terrain, les réalisateurs nous disent en avoir conscience, mais arguent que c’est ce qu’attend l’audience.”

Un nouveau sponsor étonnant

Ultra-dépendantes des sponsors, les sportives doivent ainsi “jouer le jeu”, sans que cela ne leur soit totalement bénéfique. Conscient que les sportives utilisent désormais sa plateforme pour s’émanciper de ces besoins, OnlyFans sent le filon : à partir de maintenant, le sponsor, ça sera lui. Sabrina Stanley court désormais avec un maillot blanc floqué OnlyFans quand la bobeuse allemande Lisa Buckwitz a financé sa participation aux JO 2026 de Milan-Cortina grâce à un accord de sponsoring avec OnlyFans, le coût d’une saison de bobsleigh étant estimé à 50.000 euros. Un partenariat dont elle se félicitait sur Instagram fin 2024 : “Je suis heureuse d’annoncer le lancement de mon nouveau chapitre en tant qu’athlète officielle OnlyFans. (…) C’est aussi une chance inouïe pour moi, car cela me permet de financer mon équipe. C’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver.” Si elle prévient qu’elle ne se montrera jamais totalement nue sur la plateforme, elle est consciente de l’image sulfureuse qu’elle est obligée d’entretenir, notamment après avoir posé nue pour Playboy en 2022. “C’est un peu triste de ne pas pouvoir me concentrer uniquement sur mon sport de compétition. Bien sûr, je suis championne olympique mais personne ne s’intéresse à Lisa Buckwitz uniquement à cause de sa médaille d’or. C’est malheureusement le revers de la médaille,” admettait-elle dans un reportage diffusé sur la chaîne allemande ZDF.

Selon le spécialiste des médias Andergassen, OnlyFans a également tout à gagner avec ce type de partenariat, puisque la plateforme tenterait de changer son image en sponsorisant des athlètes, afin de s’éloigner de son lien avec le contenu pornographique. Pour le joueur de tennis Jonathan Eysseric (également créateur de contenu sur le réseau social), cité par L’Equipe, OnlyFans était “censée à la base rapprocher les fans de leurs idoles, ce qui n’avait pas trop marché car il y avait déjà Instagram”. Il est rejoint par Chloe Paquet : “Ils veulent de nouveaux profils avec des sportifs, des comédiens, des chefs cuisiniers. Revenir à ce que c’était au départ, comme son nom l’indique : pour les fans.” Rappelons qu’en 2021, OnlyFans prévoyait déjà de supprimer les contenus explicites de sa plateforme, mais avait du rétropédaler en raison d’une forte mobilisation de ses créateurs.

Une image subversive qui lui colle à la peau puisque l’ATP et la WTA refusent encore que les joueurs soient sponsorisés par l’entreprise britannique. “Par rapport à l’image, ils ne veulent pas, explique la tenniswoman Océane Dodin toujours pour L’Equipe, mais au niveau des matches, quand ça passe à la télé, pour le moment on ne peut pas.” Et les promotions de contenu ne plaisent pas non plus aux fédérations. Après avoir twerké pour célébrer sa médaille de bronze acquise lors des Jeux de Paris 2024, Alysha Newman a été accusée de souhaiter booster son audience. Du côté des hommes aussi, des sanctions peuvent tomber. En novembre dernier, le céiste anglais Kurts Adams Rozentals avait promeut sa plateforme privée sur Instagram pour financer sa préparation pour les Jeux olympiques 2028 de Los Angeles. Le contenu, jugé inapproprié par la fédération britannique de canoë-kayak, lui avait valu d’être exclu du “World Class Programme”, l’organisme qui accompagne financièrement les athlètes dans leur préparation… aux prochains JO. Des préjugés dont souhaite se débarrasser Lisa Buckwitz : “En tant que personne, on a tous beaucoup de préjugés. Je conseillerais à beaucoup de gens d’aborder la plateforme avec un esprit ouvert. (…) Je trouve formidable qu’OnlyFans existe. Cela me permet d’interagir avec mes fans.” Et de financer un sport où les subventions se font rares. Notamment pour les femmes.

7 février 2026

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