Tout pour leurs daronnes

L’importance de la mère dans les familles musulmanes a largement été mis en lumière par les joueurs marocains lors de cette coupe du Monde. Explications d’un amour entre religion et sacrifices.

Sofiane Boufal, avec sa maman après la qualification du Maroc contre le Portugal. (Icon Sport) 

“Oubliez les Wags. Le secret de la réussite du Maroc à la Coupe du monde 2022 pourrait résider dans les parents des joueurs qui les ont rejoints”, écrivait le média Al Jazeera après la victoire du Maroc face à la Belgique en Coupe du Monde. Si d’habitude on peut avoir les joueurs aller embrasser leurs femmes en tribunes, cette fois ce sont les images des joueurs marocains enlaçant leurs mères qui ont fait le tour du monde. Le défenseur Achraf Hakimi, la joue affectueusement pincée par sa maman qui lui glisse un bisou sur la joue, le joueur de l’Angers SCO Sofiane Boufal qui danse avec sa yemma aux abords de la pelouse après Maroc – Portugal, le sélectionneur Walid Regragui qui se rue vers la sienne en tribune après avoir mené ses joueurs vers une demi-finale historique de Coupe du Monde. Tous ces moments capturés ont rythmé la compétition, se transformant même en une sorte de rituel d’après match pour le spectateur qui n’attend que de voir ces scènes d’amour. Bien loin du football blingbling.

Les portes du Paradis

“C’est une stratégie du coach et du staff, ils ont vraiment voulu que les familles les accompagnent et qu’elles soient là dans le camp de base. Les mamans de joueurs sont dans l’hôtel. Ça renforce la place de la mère qui est toujours là”, nous explique Donia Ismail, rédactrice en chef adjointe d‘Arabia Vox qui reconnait que, même si on a vu de nombreuses scènes d’étreintes chez les joueurs marocains, ces images auraient pu se répéter chez les Tunisiens ou les Qataris s’ils avaient été plus loin dans la compétition. “Car dans tous ces pays là, la maman est ultra importante. Ça a un rapport très fort avec la religion, c’est très relié à l’islam qui est la religion d’état dans ces pays et dans laquelle on te dit que le paradis se trouve sous le talon de la mère. Visuellement c’est très fort comme message, et on se retrouve avec des familles très matriarcales finalement où la mère devient le centre de tout. Et même si dans la société beaucoup de choses sont centrées autour de l’homme, dans les familles musulmanes c’est différent”, continue t-elle. “C’est d’ailleurs pour cela que certains sites de paris sportif ont misé sur la mère en s’adressant aux jeunes de banlieues. Le fameux slogan “tout pour la daronne”, “mettre la daronne à l’abri”, c’est jouer sur une corde sensible chez ces communautés là“, poursuit-elle.

Je compte plus les fois où, je t’ai foutu l’ahchouma / Paradis sous le talon de nos mères pas celles des kahbas / Je suis ton soldat pour la vie, compte sur moi / La daronne bientôt la retraite à Darbeda

Nessbeal – paroles tirées du titre “Nabil” – 2011

Génération sacrifiée

L’importance donnée à la mère ne se cantonne pas au rectangle vert, dans les interview d’avant ou d’après match les joueurs marocains répètent l’adoration qu’ils vouent à leurs maternels aussi pour les sacrifices qu’elles ont consenti à faire. “Ma mère était femme de ménage”, expliquait quelques mois avant le Mondial Hakimi. “Ma mère, c’est ma base, c’est mon poumon”, témoignait Boufal dès 2015, ajoutant quelques années plus tard avoir dû arrêter l’école tôt pour aider financièrement sa mère. Dans les colonnes de So Foot en 2021 il poursuit : “Quand quelqu’un sacrifie sa vie pour toi, c’est le minimum. J’étais obligé de finir pro pour elle. Quand j’ai signé au SCO mon premier contrat, je ne gagnais pas grand-chose, mais dans tous les cas, je ne prenais que 200 euros pour me faire plaisir. Tout le reste, c’était pour ma mère. Je m’en foutais de gagner de l’argent à ce moment-là. Je voulais juste me montrer auprès des plus grands clubs”.

“Ces images elles permettent de montrer aux gens qui ne sont pas de ces régions du globe, que nos familles sont réellement des familles matriarcales. Que quand ces hommes là gagnent, ils se dirigent immédiatement vers la mère, et non leurs femmes par exemple”, ajoute Donia Ismail. “La plupart des joueurs de l’équipe du Maroc sont des binationaux, avec des parents qui ont immigré en Europe pour beaucoup et qui ont dû se sacrifier. C’est la fameuse génération des sacrifiés, ces parents qui ont mis leurs rêves de côté pour que leurs enfants puissent avoir une plus belle vie. Donc pour ces enfants qui arrivent en demi finale de Coupe du Monde, il y a la fierté de dire : “regarde où on est arrivé toi et moi”.

14 décembre 2022

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