Avec Wamen, c’est dur la vie d’adulte

On l’a vue en première partie d’Aya Nakamura au Stade de France, retourner une Maroquinerie, faire le buzz sur Skyrock et nous enchanter sur les réseaux sociaux : il ne manquait qu’un premier album pour compléter le CV déjà bien rempli de Wamen. C’est désormais chose faîte avec « La Vie d’Adulte », disponible depuis le 2 octobre 2026. ANCRÉ l’a rencontrée, juste avant son départ pour une tournée XXL.

Crédit photo : Tom Kleinberg

ANCRÉ : Ton premier album s’appelle Vie d’adulte. C’est quoi être une adulte pour toi ?

Wamen : Déjà, c’est recevoir ma première lettre des impôts. Ça, c’est être une adulte. C’est prendre mes rendez-vous chez le médecin toute seule, parce que mon père ne le fait plus. Ça, c’est être une adulte. C’est perdre des gens aussi, parce que je prends des décisions et je fais de vrais choix. Je prends mes responsabilités. C’est avoir ses valeurs, de vraiment les ancrer, ne plus simplement s’aligner sur celles de tes parents. Tu ne peux plus te reposer là-dessus, juste dire : “on m’a éduqué comme ça” pour tout justifier. Au bout d’un moment, ta personnalité, ça devient le fruit des gens que tu côtoies.

Il y a ce grand poète qu’est Dinos qui avait dit : “Si tu es entouré de fils de p…, c’est que toi aussi, tu en es un.” On est la moyenne de nos srabs. J’ai eu beaucoup de ménage à faire de ce côté, je suis passée par beaucoup de remises en question. Parce que si tu es entouré de ces personnes-là, c’est que toi aussi, tu as une part de responsabilité là-dedans. Être une adulte et être une adulte bien dans ses pompes, c’est avoir un bon entourage, c’est être en paix avec soi-même et faire ce que l’on aime, et ce en quoi on croit.

ANCRÉ : Là, ça y est, tu te considères comme une adulte ?

Wamen : Comme un bébé adulte disons ! (rires) Je paye mon loyer, déjà. Doing my best.

Crédit photo : Tom Kleinberg

ANCRÉ : Dans l’album, tu parles de ta famille, de ruptures amicales, d’amour, de réussite, de plein de choses assez personnelles. C’était important pour toi de te dévoiler à ce point dans un premier album ?

Wamen : Je déconné, je crois. (rire) Je suis une oversharer de nature. Dans l’album, j’arrive, je déballe tout mon cœur, je mets toutes mes tripes sur la table et c’est exactement comme ça que je suis dans la vraie vie. Je n’ai même pas cherché le sujet de l’album, au final. Je n’ai pas cherché les textes, je n’ai rien cherché. Il y a vraiment eu ce truc hyper naturel où à chaque fois, la musique se lançait et il y avait le sujet dans ma tête immédiatement. J’ai remarqué à la fin qu’un fil narratif s’était créé. “Ok, c’est la vie d’adulte. Fais chier.” (rires). 

Je n’ai pas fait exprès de livrer autant. Et ça va plus loin que l’album : même dans le merch’ qu’on est en train de créer, on va lancer un journal intime. Il n’y a aucune page blanche, pratiquement, dans le journal. Chaque sujet de l’album y est exploré. Chaque chanson a son sujet. Il y a une lettre, par exemple, pour ma mère, qui va être un peu dure à lire pour elle. Elle ne l’a pas encore lue, mais j’ai hâte que ça sorte. Sur l’amitié, il y a un quiz sur ce qui est acceptable ou non. Je propose ensuite aux lecteurs, aux personnes qui vont le lire, d’interagir. Il y a toujours une page pour eux.

Crédit photo : Tom Kleinberg

ANCRÉ : Est-ce qu’il y avait un truc qui te faisait peur quand tu étais plus jeune dans le fait de devenir adulte ? 

Wamen : Pas vraiment. Je crois que j’ai toujours voulu devenir adulte. Il y avait cette volonté de m’émanciper très vite, d’avoir ma maison, mes règles, parce que j’ai beaucoup entendu : “Mon toit, mes règles”. Je voulais que ça soit mon toit, mes règles. J’ai été harcelée enfant, donc j’avais hâte d’être débarrassée de de la méchanceté des autres enfants qui m’entouraient. J’avais envie de pouvoir m’imposer un peu plus. Donc non, il n’y a pas eu 

ANCRÉ : Tu parles aussi de la pression autour de la réussite. On a la sensation que c’est allé assez vite pour toi, en tout cas, médiatiquement, on a cette impression.

Wamen : Je commence à mieux gérer. Je sais qu’on a la sensation que c’est arrivé hyper vite, parce qu’on voit toujours l’explosion, mais on ne se rend pas compte de tout le taf qu’il y a derrière, de tous les refus que tu te prends, de ton clip qui fait cent vues. Aujourd’hui, la pression de réussir, je la vis mieux, notamment parce que l’album qui m’a permis de sortir tout ce que j’avais sur le cœur.

Qu’est-ce que ça veut dire de réussir ? Je suis un peu plus calme sur ça. Attention : j’ai envie de réussir, j’ai faim. Forcément, si tu n’as pas la dalle, pourquoi tu fais tout ça ? Mais je m’accorde un peu de clémence, je m’en demande moins, que ce soit sur ça ou sur mon corps, mes finances ou mes relations. Ce qui est là, c’est là. Tout arrive pour une raison.

ANCRÉ : Justement, là, tu nous disais qu’on ne voit pas tout ce qu’il y a derrière. Aujourd’hui, avec le regard de maintenant, comment tu parlerais de cette période-là ? De l’envie, mais aussi des choses qui ne prennent pas…

Wamen : Je sais que je ne suis pas seule. Vraiment, est-ce que vous pouvez me sortir un exemple d’un artiste qui a sorti son premier son, il a fait un million de vues ? Je n’en ai pas en tête, pour moi, ça n’existe pas. Et la plupart du temps, les artistes, là où on va dire que c’est son premier album, qu’elle explose, on a pas vu son SoundCloud, tous les trucs qu’elle a sortis en soum soum, toutes les scènes ouvertes qu’elle a faites et où il n’y avait personne. Et cette période est importante. Tu as besoin de tester. Qui arrive avec un album parfait du premier coup ? Qui arrive avec un EP parfait du premier coup ? Moi, j’aime les échecs, ils sont nécessaires. La personne qui réussit, c’est juste la personne qui a accepté d’échouer plusieurs fois. 

Crédit photo : Tom Kleinberg

ANCRÉ : C’est quoi ton rapport avec la scène ? J’imagine qu’avec l’album, tu sors la tête à peine d’une grosse période de studio, d’écriture, d’introspection. Maintenant, tu vas livrer tes secrets un peu aux gens. Comment appréhendes-tu ces moments de concert ?

Wamen : C’est mon endroit préféré, la scène. Et au final, je n’ai pas fait tant de studio que ça cette année, j’ai plus fait de la scène ! Déjà, il y a eu la première partie d’Aya Nakamura au Stade de France, je ne sais pas si on s’en rend compte ! Il y a aussi eu mon premier concert loin de la maison, à Montréal. J’ai fait la Maroquinerie, c’était incroyable. Il y a eu plein de concerts quand même cette année.

Concernant le studio, à la base, c’est quelque chose que je détestais. Mais avec « La vie d’adulte », j’ai travaillé avec une équipe incroyable qui m’a donné envie de retourner en studio. Ils sont devenus ma maison, ma safe place. À chaque fois que je rentrais, j’avais le goumin du studio. Et paradoxalement, maintenant, j’ai hâte d’y retourner. Mais ce que j’attends le plus cette année, ça reste la scène. Une en particulier : la Cigale. Il y a une préparation de ouf derrière parce que je sais ce que je veux livrer. Je n’ai pas beaucoup d’ego, mais je veux faire la plus belle Cigale de toute cette année. 

ANCRÉ : Avant de poursuivre, est-ce qu’on peut revenir sur cette première partie d’Aya ? Comment ça s’est passé ? Comment elle t’a contactée ? 

Wamen : J’étais à l’Olympia et mes tourneurs m’ont dit : “Tu vas faire le SDF”. Elles essayaient de me faire deviner. J’étais en mode : “Il y a quoi le 31 mai ?” Elles m’ont dit : “SDF”. Je ne comprenais rien, j’étais en mode : “Sans domicile fixe ?” Quand j’ai compris que c’était pour le Stade France d’Aya Nakamura, j’ai pété mon crâne. Je n’y croyais pas. Jusqu’au dernier moment, je me suis dit : “Ils vont changer d’avis. Il y a des meufs tellement plus fortes que moi. Il y a des gens qui sont tellement plus légitimes à le faire. Je ne vais pas le faire, c’est impossible”. C’est vraiment quand je me suis retrouvée derrière, en backstage, que je me suis dis “C’est réel, et c’est maintenant”. Et bizarrement, je n’ai pas stressé juste avant, j’ai juste lâché prise, je chantais sur “Monaco” de Guy2Bezbar. Et quand on m’a dit que c’était mon tour, j’y suis allée, j’ai déconnecté mon cerveau et j’ai dead. C’était l’un des plus beaux moments de mon année. 

Ça a débloqué beaucoup de choses. Au début, ma mère, n’a pas cru en ma carrière. À chaque fois, elle me disait : “Quand les gens vont me dire : mon enfant, il est avocat, mon enfant, il est médecin, moi, je vais répondre quoi ?” Maintenant, ma mère dit : “Ma fille, elle a fait le Stade de France.” Elle est hyper fière. C’est vrai que ça représentait tellement de choses. Aya, c’est tellement une reine, on ne parle pas assez de ce show. C’était le meilleur Stade de France de ma vie et j’en ai fait, des Stades de France. Déjà le public, l’énergie. Et elle, quoi. Tu n’as jamais le temps de redescendre et de respirer. C’est une performeuse de dingue ! Elle m’a fait danser, elle m’a fait pleurer. Elle mérite tout.

Crédit photo : Tom Kleinberg

ANCRÉ : En parlant d’autres artistes, tu as fait pas mal de covers et de réinterprétations de morceaux connus d’autres artistes. Et pourtant, à chaque fois, même si ce n’est pas ton morceau, ça devient toujours le tien… 

Wamen : J’ai grandi avec des interprètes. J’adore le fait qu’on t’amène un texte et tu y mettee ton âme. J’ai grandi avec “I Will Always Love You” de Whitney, qui est une reprise de Dolly Parton, paix à son âme. Elle a pris un texte et en a fait un moment derrière lequel personne ne peut passer. Je trouve que c’est une qualité folle d’être capable de mettre ton âme dans quelque chose que tu n’as pas écrit. 

J’ai toujours aimé chanter les chansons des autres. La première chanson que j’ai chantée de ma vie, c’est “Respect” d’Aretha Franklin dans le salon de mes parents. J’adore aussi écrire, la composition m’est venue naturellement. Mais de temps en temps, j’adore chanter les chansons des autres. Je ne le fais pas souvent, j’essaye de faire en sorte que ce soit un momentum. De temps en temps, je donne et après, je repars. Parce qu’il y a quand même aussi cette peur d’être identifiée cover girl.

ANCRÉ : Ce goût pour l’écriture, pour la narration, on le voit vraiment dans ton album… Et ta voix semble être totalement mise au service de tes textes.

Wamen : J’ai longtemps eu tendance à rester sur la même tessiture, à rester dans le même niveau de voix, à être très dans les aigus et à prouver. Aujourd’hui, j’accepte plus déjà que ma voix peut se casser. Je peux aller frotter, toucher des aigus hyper hauts et dire : “On va se casser un peu la gueule, mais ça fait partie de la narration de ce que je suis en train de raconter.” Je laisse plus de place, je me fais plus confiance.

Concernant l’écriture, quand j’écris, quand je chante, je ne top line pas. Je chante et les paroles viennent avec. J’ai une vraie routine d’écriture. Tous les jours à 17 h 30, j’écris un texte. Avec ça, j’entends la musique, j’entends les mots qui vont se greffer dessus. Parfois, ce ne sont pas les bons mots, donc il faut encore réécouter, il faut encore chercher, mais ça finit toujours par venir.

ANCRÉ : Ton album, c’est une sorte d’état des lieux, de photographie de ta vie actuelle. Comment penses-tu que la Wamen de 2036 verra cet album-là ?

Wamen : Elle va me détester, c’est sûr ! (rire) J’ai donné des armes de ouf ! J’ai donné des armes à mes futurs enfants, quand ils vont l’écouter, ils vont me dire : “Ah ouais, maman, tu pensais ça à l’époque et tu dis ça maintenant ?” Mais malgré ça, je pense qu’en 2036, ça restera toujours hyper cher à mon cœur, parce que ça sera à jamais premier album. Je me suis mise en danger et j’ai toujours aimé me mettre en danger. Je me suis toujours mise en danger. Quand j’ai quitté l’école, je me suis dit : “Il faut que je trouve un truc dans la musique”, même quand ma mère a menacé de ne plus jamais me parler si j’allais au bout.  Mais je me suis mise en danger et aujourd’hui, c’est ma première fan. Il faut prendre des risques. Alors je sais qu’en 2036, la future-Wamen sera toujours fière, parce que si elle en est là où elle est, c’est parce que j’étais là en 2026.

2 octobre 2026

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