Rencontre avec Ebony, artiste avant tout

À l’occasion de la sortie de son premier album, « MENELIK », Ebony s’est livrée, aussi bien sur son expérience à la Star Ac’ que sur ses multiples inspirations et son rapport à la musique.

Crédit photo : Ben Fourmi

On l’a connu comme élève studieuse de la Star Academy, puis en Queen Sheba sûre d’elle sur toutes les scènes de France. Aujourd’hui, Ebony fait cohabiter toutes les versions d’elle-même dans son premier album, « MENELIK ». Rencontre.

ANCRÉ : On t’a vu découverte sur TF1, à la Star Academy, puis tu as enchaîné avec une tournée où tu as défendu ton premier single, « Rage », et on te découvre aujourd’hui en artiste complète avec un premier album, « MENELIK ». Il y a deux ans, tu imaginais parcourir tout ce chemin ?

Ebony : Il y a deux ans, je ne pensais pas être ici. Je voyais ça loin, je pensais que ça prendrait plus de temps. Ça fait un an que la Star Ac’ s’est terminée, et c’est hyper particulier parce que ça m’a propulsée très vite. Mais je suis contente.

ANCRÉ : Justement, ton premier single « Rage » n’est pas un titre qu’on attend forcément d’une académicienne. C’est souvent plus doux, plus « lisse »… Là, que ce soit visuellement ou musicalement, ça tranche avec le cliché des candidats issus de télé-crochets. Est-ce que c’était ta volonté, de marquer une rupture ?

Ebony : Ce qui est hyper particulier, c’est que je suis rentrée au Château avec cette identité musicale. Mais à l’intérieur de l’émission, je n’ai pas pu forcément montrer cette facette de mon identité. Quand je suis sortie, avant que le morceau naisse, il y a eu plein de tests qui ont été faits. Et quand ce morceau-là est né, c’était parce que j’avais vraiment envie d’affirmer mon identité à 100 %. Et ça a été le cas.

Quand on a fait le choix de sortir ce morceau-là, oui, on s’est rendu compte que ça allait vraiment établir une rupture entre la Star Academy et mon début de carrière. Souvent, les premiers projets des candidats sont plus pop, ou tournés vers la variété. Je pense que cette rupture devait s’établir parce que ça allait être naturel dans tous les cas, puisque c’est moi, c’est ce que j’aime musicalement.

ANCRÉ : Tu dis que tu n’as pas pu montrer cette facette dans l’émission. Pourquoi ?

Ebony : Parce que c’est une émission de reprises. À part quelques moments où j’ai eu carte blanche, comme quand j’ai chanté « Creep » en évaluation et montré un peu plus de ma personnalité, on ne choisit pas vraiment. Ce sont les artistes invités ou la production qui proposent les chansons. Tu n’es pas à la direction musicale (rires).

ANCRÉ : Même visuellement, ce que tu proposes aujourd’hui est assez loin de l’image qu’on avait de toi à la Star Academy, notamment au niveau du stylisme, qui est aujourd’hui très pointu…

Ebony : Sur les primes, j’essayais que ça me corresponde au maximum, mais tu n’as pas le temps de pousser très loin les recherches sur ton look. En sortant, j’ai rencontré une équipe qui a su traduire exactement ce que je voulais, et là j’ai pu être pleinement moi-même, et ça s’est traduit visuellement.

Crédit photo : Ben Fourmi

ANCRÉ : Est-ce que c’est difficile de rester authentique après une émission comme ça ?

Ebony : Non, c’est un choix, qui n’est pas toujours celui de la facilité. Tu peux te dire : « Je continue dans ce que j’ai montré, je fais des choses dans le même esprit », ou faire l’inverse. Moi, je n’ai pas eu l’impression que c’était une bataille. J’ai juste fait ce choix-là et j’ai essayé d’avoir les bons mots, de l’exprimer aux gens qui m’entouraient et qui m’accompagnaient pour qu’ils me fassent confiance.

Côté public, je pense qu’une partie de ceux qui m’ont découvert via la Star Academy n’ont pas forcément compris ce virage, et c’est normal. Les gens pensent te connaître parfaitement à travers la télé. Donc certains ne s’attendaient pas à ce que je fasse ces choix là, mais d’autres n’ont pas été si surpris, et avaient su entendre certaines choses que je communiquais déjà à la Star Academy. Aujourd’hui, il y a une partie de ce public-là qui est restée parce que la musique leur plaît et d’autres qui sont partis parce que c’est moins leur style. Et c’est normal.

ANCRÉ : Ton premier album, « MENELIK », sort le 24 avril prochain. Pourquoi l’avoir baptisé ainsi ?

Ebony : Ça avait du sens pour un premier album, pour moi. Je porte le nom de Queen Sheba (« la reine de Saba », en français), et Menelik, c’est son premier enfant. Et mon album, c’est un peu comme mon premier bébé !

ANCRÉ : Comment décrirais-tu cet album en quelques mots ?

Ebony : C’est une histoire, un voyage. Un album qui s’écoute dans l’ordre. Il raconte quelqu’un qui cherche à retrouver sa source, son identité profonde. Dès le début, je voulais raconter une histoire complète avec un début et une fin. Le format long plutôt que celui de l’EP s’est imposé naturellement.

ANCRÉ : Au fil des morceaux, on a découvert beaucoup d’influences, rock, pop, afro, électro… Comment as-tu réussi à rendre toutes ces inspirations cohérentes entre elles, à faire que ça forme une unité ?

Ebony : Déjà, merci de dire que c’est cohérent ! (rires). C’était naturel. Ma musique est nourrie de toutes ces influences. Je n’ai rien calculé : je n’ai pas fait un morceau pop parce qu’il faut faire de la pop, un morceau afro parce que ça marche en ce moment, un morceau électro parce que ça fait danser les gens en boîte… Tout est sincère, il y a un petit bout de moi à chaque et je pense que c’est ça qui rend l’ensemble cohérent.

ANCRÉ : Ça fait le lien justement avec les textes de ton album. Tu explores plein de thèmes différents, mais qui ont tous le point commun, celui d’être très introspectif…

Ebony : Tu as raison, c’est très présent dans l’album. C’est un projet qui est hyper personnel, je raconte un petit peu mon développement. L’objectif avec cet album, c’est vraiment de décrire un chemin pour renouer avec son humanité, sa sensibilité, de s’affranchir des codes, etc. C’est ce que j’avais envie de faire dans la vraie vie.

Quand ce projet est né, petit à petit, j’ai réussi à être de plus en plus introspective, surtout à la fin de l’album où justement, je retrouve enfin cette humanité-là et cette sensibilité-là. J’avais envie de m’exprimer, d’être sans filtre, sans pensées parasites qui m’empêchaient d’être moi-même et de me dévoiler. Je pense que c’est ce qui rend cet album si personnel.

ANCRÉ : J’aimerai qu’on parle de ta pochette. Elle est inspirée de « Dangerous » de Michael Jackson n’est-ce pas ? Sauf que là, on voit plein de tes alter-ego à toi…

Ebony : Exactement, c’est inspiré d’un de mon album préféré de Michael Jackson et d’un de mes albums préférés tout court. C’est un hommage sincère. J’aime l’idée d’un univers riche en références et je trouve que c’est ça qu’on ressent en regardant la pochette de « Dangerous », ça te pousse à rentrer dans un monde. Et c’est ce que je voulais transmettre. Sur la pochette, il y a plusieurs versions de moi : actuelle, enfant, le « robot » et Queen Sheba.

Le robot, c’est celle qui cherche son humanité. qui a envie de se défaire de ses codes, qui a envie justement de sortir de ce côté robotisé et de retrouver cette simplicité. Queen Sheba, c’est une énergie, un idéal vers lequel je tends. Je ne suis pas encore Queen Sheba. C’est comme comme un espèce d’objectif qui est là, devant toi, qui te pousse à aller de l’avant, qui te pousse à te développer. Cette femme puissante, qui n’a peur de rien, qui ne se laisse pas faire, qui a confiance en elle. C’est un peu elle qui est au contrôle de toute mon histoire, qui est au contrôle de mon destin. C’est un peu ésotérique, mais c’est comme ça que je le vois.

ANCRÉ : Un peu comme Sasha Fierce et Beyoncé ?

Ebony : Peut-être. On m’en parle souvent. Je vois plutôt Queen Sheba comme une énergie qui me dépasse, surtout sur scène. Cette notion d’alter ego est venue quand les gens qui m’entourent me disaient : « Ebony, tu es tellement différente sur scène que dans la vie. » En vrai, même moi, des fois, je me retrouvais choquée de me dire que je suis transcendée quand je suis sur scène, je ne suis vraiment pas la même que dans la vie. C’est vrai que, comme Beyoncé et Sasha Fierce, y a ce truc en mode : « C’est peut-être Queen Sheba qui prend la place ».

Crédit photo : Ben Fourmi

ANCRÉ : J’aimerais bien aussi qu’on parle de la manière dont tu revendiques un peu tes racines et ton identité visuellement, que ce soit par les cheveux, par le vêtement, par le maquillage… On a quand même l’impression que tu assumes avec fierté ton identité de femme, mais aussi ton identité de femme noire.

Ebony : Oui, mais sans forcément trop y réfléchir. Je porte mon afro parce que ce sont mes cheveux. Je fais des tresses parce que j’en ai envie. Forcément, visuellement, quand on reste proche de sa culture, il y a ce truc où je suis une femme noire et donc, ça ressort. Je ne sais pas comment expliquer, mais c’est quelque chose de très naturel de me présenter au monde comme je suis, ce n’est pas réfléchi. Je pense que ce que j’essaie de mettre surtout en avant à travers ma musique et dans mes visuels, c’est justement d’être soi-même. Peu importe qui on est, il faut embrasser sa culture, son apparence et ses racines à 100 %, sans forcément en faire une marque.

ANCRÉ : Tu trouves qu’il y a suffisamment de diversité dans le paysage musical français ?

Ebony : On n’a jamais pas assez de diversité. Aujourd’hui, on en a et demain, on en aura encore plus et je pense qu’on en veut encore plus. Malheureusement, il y a plein de gens qui se font bouffer par les codes et qui s’adaptent un peu malgré eu à l’idée qu’on se fait de ce que les gens voudraient voir, visuellement. Il ne faut pas s’habiller comme ça, il ne faut pas se coiffer comme ça, il faut se montrer comme ça… Même si je trouve que la nouvelle génération est de plus en plus proche de qui elle est vraiment. Je pense que c’est un truc un peu commun chez les jeunes : on n’a plus envie de tout ça, on veut être nous-mêmes. Et ça va aller crescendo.

ANCRÉ : Et quand tu étais plus jeune, tu arrivais à t’identifier à des role models à la télévision, par exemple ?

Ebony : En vrai, je ne me posais pas la question. Je regardais beaucoup de télé-crochets, et je me sentais bien avec ce que je voyais. Pour autant, quand j’étais petite, un truc m’a marqué : c’est le jour où avec ma mère, on a vu une Noire dans une publicité. Je pense que c’est là que j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de personnes noires dans la pub.

Par contre, aujourd’hui, même si c’est mieux, je pense qu’on vit encore dans un monde de quota. La diversité n’est pas encore naturelle. On ne te choisit pas toujours parce qu’on te choisit toi, mais parce que tu ramènes de la diversité. Les choix ne sont pas toujours très sincères.

Crédit photo : Ben Fourmi

ANCRÉ : C’est quelque chose que tu as déjà ressenti, toi ?

Ebony : Non, je ne pense pas déjà l’avoir vécu, heureusement.

ANCRÉ : D’ailleurs, après la Star Ac’, tu es un peu devenue malgré toi un sujet politique. Comment est-ce que tu l’as vécu ?

Ebony : J’ai vécu comme toute personne qui subit ça, alors qu’elle est venue faire de la musique et de l’art. Malheureusement, aujourd’hui, les gens s’accaparent notre personne pour en faire ce qu’ils ont envie. Et je l’ai vécu comme ça, comme quelque chose d’assez subi, surtout quand tu sors d’un truc et que tu n’es pas au courant. Moi, je suis venue pour faire de la musique, pas pour ça.

ANCRÉ : Est-ce que cet album, c’est ton moyen de rappeler que tu es là pour faire de la musique, justement ?

Ebony : Je n’ai pas du tout envie d’être nommée comme ça, mais on me place très souvent en victime. Alors que je suis avant tout une artiste et donc le sujet qui devrait primer, c’est ma musique. Je pense que personne n’a envie d’être un instrument politique, quand il a d’autres choses à présenter et d’autres choses dont il a envie de parler. Je ne veux pas être définie autrement. Je suis une artiste avant tout.

24 avril 2026

Previous Article

Le ministère de la Culture lance son appel à projets dédié à la mode

Related Posts