SHEIN et son concours pour jeunes designers, ou l’hôpital qui se fout de la charité

Tout en continuant de copier de nombreux créateurs, le site chinois a lancé un challenge pour les aider.

Crédit photo : SHEIN

Le distributeur chinois SHEIN pensait surement faire une bonne action en organisant un concours dédié aux jeunes designers. Le site de vente en ligne a annoncé un prix de 100 000 dollars pour le créateur qui sera sélectionné par un jury composé de Khloé Kardashian, du designer américain Christian Siriano, de Laurel Pantin – directrice du style pour le magazine InStyle, de Jenna Lyons – ancienne directrice artistique des collections prêt à porter de J.Crew ou encore de Law Roach, fraîchement nommé styliste le plus puissant de l’année par The Hollywood Reporter. En échange de cette somme, le gagnant pourra mettre en vente ses produits sur le site en ligne de SHEIN en plus d’être présenté lors d’une Fashion Week virtuelle dédiée aux collections Automne/Hiver 21 du vendeur. Une somme qui peut paraitre bien dérisoire quand on sait qu’en 2020, le site chinois a vendu pour près de 10 milliards de dollars de vêtements.

Attirer pour mieux copier

Là où le bât blesse (encore) c’est que SHEIN est connu pour piller les produits de nombreux petits créateurs. Ils sont des dizaines à avoir découvert certaines de leurs pièces recopiées et mises en vente sur le site du géant de la fast-fashion sans leur accord. En 2020, le célèbre compte Instagram Diet Prada avait déjà alerté sur la pratique du revendeur chinois. Depuis, d’autres petites marques ont elles aussi fait les frais de cette société opaque qui met en ligne jusqu’à 10 000 produits par mois. Comble de la farce, la designeuse française Maison Cléo qui invectivait SHEIN sur Instagram il y a peu pour avoir volé deux de ses créations, a reçu un mail de la part du vendeur pour participer au jeu concours il y a quelques mois. Faute de réponse positive, SHEIN semble avoir préféré écrémer l’eshop du label pour mieux le dupliquer.

Sous la publication Instagram de l’annonce du concours, les commentaires dénonçant les pratiques de SHEIN sont légions, de même que sur les comptes de chaque juré. Si certains ont été supprimés, l’afflux constant de messages affichant les méthodes peu éthiques du site n’a pu être modéré. “Quelle déception de voir ces personnes choisir de travailler avec une marque qui contribue énormément au problème de la fast fashion”, écrit une internaute tandis qu’une autre confie son étonnement sur le compte du juré Law Roach : “Je vous aime vraiment mais tellement déçu de vous voir travailler avec Shein – n’êtes-vous pas contre leur 1) exploitation des travailleurs 2) contributions aux déchets et dommages environnementaux 3) vol des designers ?”.

Une société opaque

Avec des délais de production qui dépassent rarement les 7 jours (contre 3 semaines pour Zara ou H&M), un algorithme qui permet de connaitre quel produit est le plus populaire afin d’accroitre rapidement sa production et qui à l’inverse, retire un produit du catalogue si celui-ci est boudé par les acheteuses, SHEIN ringardise ses concurrents. Avalant toujours plus vite les commandes, le site s’assure de proposer des pièces à ultra bas coût, 6 euros un top, 3 euros 50 un petit sac en bandoulière… En plus de clientes conquises par les prix pratiqués, la plateforme chinoise lancée en 2008 a su tirer son épingle du jeu durant la pandémie en enregistrant 81 millions de téléchargements de son application les six premiers mois de 2021. “En août 2021, la marque est évaluée à 30 milliards de dollars (25 milliards d’euros) soit deux fois plus qu’en 2020 à la même période”, détaille Slate.

Lancé en 2008 par Chris Xu sous le nom ZZKKO, une entreprise dédiée aux robes de mariées, SHEIN a depuis su manier le marketing, enchainant les campagnes avec de nombreux influenceurs et stars américaines. Lil Nas X, Tinashe, Katy Perry, ou encore Wejdene en France, tous ont choisis d’associer leur nom à l’entreprise dont les actionnaires se font discrets. Dans une enquête menée par CNN, on découvre que le groupe tente de ne pas crier trop haut et trop fort ses origines chinoises. En cause, le contexte géopolitique mais aussi les accusations sur les faibles salaires reversés aux travailleurs de ses usines de production sans oublier les revers de la fast-fashion sur l’environnement.

20 août 2021

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