Critiquée pour avoir arboré ses cheveux au naturel pour sa dernière campagne avec Miu Miu, la joueuse de tennis Coco Gauff rappelle à qui veut l’entendre que tous les cheveux sont professionnels.

Après avoir conquit les courts de toute la planète, Coco Gauff s’attaque au monde de la monde, en devenant, notamment, l’égérie du sac « Vivant » de Miu Miu, marque dont elle est ambassadrice depuis 2025. Un partenariat qui s’est scellé par une campagne photo étonnante, aussi bien pour la marque que pour le luxe tout court : la sportive y apparaît sans maquillage, les cheveux au naturel, près du fameux sac rempli de balle de tennis. « J’ai opté pour ma coiffure et mon maquillage habituels, car c’était mon objectif personnel, » a-t-elle expliqué dans une longue vidéo TikTok.
@cocogauff ❤️
♬ original sound – Coco Gauff
Une vidéo qui a un contexte : les (nombreuses) critiques reçues sous la publication Instagram de la campagne qui pointe, notamment, « son manque d’effort » capillaire. Et ne parlons même pas des utilisateurs de X (ex-Twitter), qui ont passé le week-end à scruter la chevelure de Coco Gauff, regrettant qu’elle n’ait pas plaqué ses cheveux, comme le voudraient les conventions. On a pu lire qu’elle était « négligée », que c’était « gênant » de la voir ainsi. D’autres sont même allés jusqu’à la comparer à Ruby Bridges, la petite fille escortée dans une école primaire de La Nouvelle-Orléans par des agents fédéraux en 1960, sous les manifestations de parents blancs mécontents. Un rapprochement des plus dérangeants, notamment vis à vis de son décalage avec le monde du luxe qu’incarne Coco Gauff dans cette campagne.

« Je ne vais pas m’excuser pour l’apparence de mes cheveux. »
Sur ses réseaux sociaux, la championne a répondu comme à son habitude : avec grâce et sincérité. « Mes cheveux de type 4C sont suffisamment beaux pour qu’une marque de haute couture comme Miu Miu puisse promouvoir l’une de ses nouveautés. Si mes cheveux sont assez beaux pour ça, les vôtres le sont aussi pour tout ce que vous voulez, a-t-elle ainsi déclaré sur TikTok, Je ne vais pas m’excuser pour l’apparence de mes cheveux, parce qu’il y a d’autres filles qui ont exactement les mêmes cheveux que moi, et je voulais qu’elles se sentent représentées. » Car au-delà d’une critique sur son physique à elle, c’est une stigmatisation toute entière qu’incarne Coco Gauff à travers ses choix capillaires. Pourquoi, lorsque les cheveux sont texturés, ils doivent nécessairement effacer leur nature pour être considérés comme professionnels ? « Il est tout à fait normal que les femmes noires s’expriment avec des perruques et des extensions. Mais il devrait également être tout à fait normal qu’elles portent leurs cheveux naturels, quelle que soit leur texture, sans coiffure gélifiée et plaquée en arrière, » rappelle ainsi très justement un article de Grown.

Deux opinions se dessinent alors : ceux qui pensent que la coiffure de la tenniswoman n’est pas sérieuse, et ceux qui incombent la responsabilité à Miu Miu, qui n’aurait pas été capable de mettre une femme noire en valeur. Deux prismes, mais une même idée : en gardant ses cheveux naturels, Coco Gauff n’incarne pas ce que doit être une belle femme noire. « Une grande partie des critiques adressées à la campagne Miu Miu était finalement déguisée en inquiétude. L’idée était que Coco était malmenée, qu’une maison de couture blanche l’avait en quelque sorte amenée à paraître inférieure à ce qu’elle est, analyse le chroniqueur de mode Louis Pisano sur Substack, Mais la maison de couture ne lui a rien fait. Elle ressemble à elle-même, et cette image d’elle-même est celle qu’une partie spécifique de la communauté noire sur Twitter a décidé de ne pas considérer comme valable, ou comme non représentative, ou comme devant être corrigée, et cette correction est présentée comme de la solidarité alors qu’elle est tout le contraire. »
Des cheveux pas professionnels ?
Il faut dire qu’au delà du manque de représentation, il y a tout un manque de sensibilisation autour du cheveu bouclé, et plus, du cheveux de type 4c. En France, le premier diplôme consacré aux cheveux texturés n’a été inauguré qu’en 2023 et encore : il s’agit d’une spécialisation, pas d’un apprentissage obligatoire dans des études de coiffures. Comment en vouloir à ceux qui ont pensé que Coco Gauff avait été sabotée, à l’image de nombreuses Miss ou mannequins qui ont publiquement dénoncé le manque de coiffeurs sensibilisés à leurs types de cheveux ?
Le problème, comme nous l’avons dit, réside dans la perception du cheveu crépu. Non, Coco Gauff n’a pas été sabotée : elle a simplement choisi de célébrer ses cheveux naturels, ce à quoi l’oeil n’est pas encore habitué, malheureusement. Un constat qui a même encouragé une proposition de loi contre la discrimination capillaire en France, portée, notamment, par le député Olivier Serva qui rappelle que « si les études ethniques sont interdites en France, selon une étude de 2023 de Dove et de LinkedIn, aux États-Unis, deux tiers des femmes d’ascendance africaine doivent changer leur coupe de cheveux pour postuler à un emploi ». Ce rapport rappelle aussi que ces dernières sont 2,5 fois plus susceptibles d’être perçues comme non professionnels et que 20% d’entre elles ont déjà été renvoyées chez elles en raison de leurs cheveux. L’ex Première Dame des Etats-Unis, Michelle Obama, l’avait d’ailleurs avoué : pendant ses huit ans à la Maison Blanche, elle s’est sentie obligée de se lisser les cheveux. Alors qu’un modèle comme Coco Gauff, qui compte à seulement 22 ans onze titres en simple et dix titres en double dames sur le circuit WTA, décide consciemment d’afficher ses cheveux au naturel, sans lissage, sans plaquage, sans perruque, pour une campagne aussi prestigieuse (le sac promut vaut près de 4000 dollars), c’est le message fort qu’il manquait encore à la mode. Non, le cheveu texturé n’est pas indiscipliné. Il vit, il bouge, et raconte une histoire. Et comme le rappelle la championne :« au final, les gens qui critiquent votre apparence et votre style ont un profond manque de confiance en eux. Si l’on commente l’apparence des autres, surtout lorsqu’ils se présentent au naturel, c’est qu’il y a un problème chez eux.«
10 avril 2026