De Lena Situations à Iris Mittenaere, peut-on laisser les femmes célèbres vivre leurs histoires privées en paix ?

Alors que les rumeurs de rupture battent leurs pleins entre Lena Situations et Seb La Frite, positionnant automatiquement l’influenceuse en bourreau, on s’est dit qu’il était temps de mettre les choses au clair et de se poser la (vraie) question : pourquoi, quoi qu’elle fasse, la femme est-elle condamnée à être une * bip * aux yeux du grand public ? 

De gauche à droite : Elsa Bois, Iris Mittenaere, Chloë Gervais, Lena Situations. Crédits photo : Instagram

Rien n’a été confirmé et pourtant, la toile s’enflamme. Comme souvent lorsqu’il s’agit de Léna Situations, d’ailleurs. Née en ligne (ou à la terrasse d’un café où la jeune femme aurait été entendue par d’autres Parisiennes), la rumeur d’une séparation avec son compagnon a été « confirmée » par Aqababe (jamais par les deux protagonistes), et depuis, tout Twitter et TikTok ont leur mot à dire. C’est Léna qui aurait rompu avec lui, parce qu’elle viserait « plus haut ». C’est Seb qui en aurait eu marre parce qu’ils ne coucheraient pas ensemble. Évidemment, tout le monde a un avis. Et beaucoup se placent du côté de Seb La Frite, en analysant les likes de la jeune femme, interprétés comme des piques envers son présupposé ex, où en sortant de vieilles vidéos de leur contexte.

@clipsdebastos Ex ou pas du coup ?! 🤔#bastoswithlove💋 #react #lik #lena #seb ♬ son original – ClipsdeBASTOS

Depuis leurs débuts public, le discours n’a jamais vraiment changé : Seb est un amour de petit-ami, Léna une diva superficielle qui ne le mérite pas. On invite un stripteaser à son anniversaire et elle se prête au jeu, un peu malgré elle ? Pauvre Seb. Elle danse avec son meilleur ami (gay, précisons-le) ? Pauvre Seb. Elle est vêtue légèrement à un évènement ? Pauvre Seb. Quoi qu’elle fasse, une partie de la toile interprète cela comme un manque de respect à son compagnon. La moindre vidéo, le moindre mot devient prétexte à harceler la jeune femme, souvent à travers le prise de la relation de couple. « Dans cette relation, j’ai vu depuis le début, un décalage entre un Seb qui a toujours voulu la mettre au premier plan, l’élever, attirer la lumière sur elle, rester dans l’ombre, être gentil, l’enscencer, alors que ce mec là est hyper talentueux et que c’est un super gars. Et j’ai toujours vu une Léna un peu plus « lumière sur moi », j’ai toujours eu cette impression là. Que Seb était réduit au rang de nobody, que Seb devenait le mec de Léna. Et on n’a jamais vu l’inverse, » résume le streameur spécialisé des réseaux sociaux Bastos. Une femme qui existe au devant de la scène et brille, autant si ce n’est parfois plus fort que son conjoint, lui manque-t-elle de « respect » par nature ? Combien de femmes deviennent « la femme de » une fois une relation officialisée sans que cela ne gêne personne ? Rappelons, encore une fois, que la rupture n’a jamais été confirmée par le couple. Et que, plutôt qu’une analyse médiatique, on a la sensation d’assister ici à un énième tribunal féminin. Car dans la presse people comme ailleurs, c’est toujours la faute des meufs. Quoi qu’il se passe.

En 2022, la star des réseaux craque dans une vidéo. “On a retrouvé le téléphone de ma grand-mère qui habite en Algérie pour l’appeler, et lui dire que sa petite-fille était une grosse salope,” confit-elle, la voix tremblante. “Partenaires d’influenceurs, influenceuses, mais aussi femmes journalistes, femmes politiques, à partir du moment où elles sont femmes et visibles en ligne, elles peuvent être victimes de cyberharcèlement. Cela peut concerner tout le monde, mais il y a des catégories de personnes qui sont particulièrement touchées, rappelle Laura Pereira Diogo, cofondatrice de Stop Fisha, une association féministe de lutte contre les cyberviolences sexistes, à France Info, Les femmes ont ainsi 27 fois plus de risques d’être des victimes de violences en ligne que les hommes, selon l’ONU.” Pour rappel, le Conseil de l’Europe estime que 58% des femmes ont déjà été victimes de violence sur internet et que 46% d’entre elles considèrent que ce harcèlement est misogyne et sexiste.

“Toutes les mêmes” ?

“Comme trop d’autres femmes, je constate à quel point la calomnie, le harcèlement et la manipulation sont devenus des outils de pression en ligne. Il est temps que cela cesse.” Nous sommes en juin 2025 quand l’ex-Miss Univers Iris Mittenaere, victime “d’une campagne de haine et de diffamation sur les réseaux sociaux” menée par le blogueur Aqababe, a tenu à réagir sur ses propres canaux. Non pas pour justifier ses actes, mais pour interpeller sur la récurrence des schémas appliqués aux femmes accusées de tromper leur conjoint. Et tous les biais sexistes que cela comprend. 

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Iris Mittenaere face à de graves accusations de Diego El Glaoui et Aqababe 😳 #irismittenaere #people #gossip

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Revenons en arrière. Quelques jours avant cette déclaration, le blogueur à scandale Aqababe prenait la reine de beauté pour cible et affichait sa prétendue infidélité envers son ex-compagnon Diego El Glaoui sur ses réseaux. Une rumeur confirmée par l’influenceur lui-même. Le pro des scoops a également accusé Iris Mittenaere d’avoir orchestré une plainte pour violence conjugale déposée en novembre 2024 contre un autre de ses anciens petits-amis, Bruno Pelat, qu’elle aurait trompé avec son actuel compagnon, le rugbyman Antoine Dupont. Bref, un scénario digne d’un soap opéra qui a fait réagir sur la toile, manifestement ravie de voir l’ancienne Miss descendre de son piédestal. Mais pourquoi ? Parce qu’elle aurait eu des aventures ? Parce que sa prétendue vie privée n’est finalement pas si parfaite ? Ou parce que cela donne une nouvelle raison d’appuyer le propos largement diffusé par la sphère masculiniste en expansion qu’une femme, qu’elle qu’elle soit, sera toujours un serpent en puissance ?

Crédit photo : Capture Instagram

Une chose est sûre. Qu’elle ait eu des aventures ou non, cela ne nous regarde pas. Par contre, discréditer la parole d’une victime de violence conjugale reconnue comme telle par la justice par des prétendues tromperies, là, c’est grave. Assurant avoir déposé une plainte pénale pour “divulgation de correspondances privées, diffamation publique, cyberharcèlement et incitation au cyberharcèlement”, Iris Mittenaere incarne, malgré elle, cette pression de la perfection et ce double standard appliqué aux femmes, et notamment celles dont les relations amoureuses sont rendues publiques. Quelques semaines plus tôt, c’était la danseuse Elsa Bois qui en faisait les frais. En couple avec le streameur Michou depuis sa participation à “Danse avec les stars” en 2021, la jeune femme a été accusée d’avoir trompé le YouTubeur avec son nouveau partenaire de salsa, le nageur Florent Manaudou. Une rumeur qui, malgré la rupture du couple, n’avait pas été confirmée par les protagonistes, et qui a quand même donné lieu à une campagne de cyberharcèlement sans pareille via la danseuse. Sauf que, lorsque Michou a lui-même été accusé d’avoir trompé Elsa avec l’influenceuse Yasmine More, deux camps se sont rapidement dessinés : celui qui félicitait la star d’internet pour son « braquage », et celui qui s’attaquait à Yasmine pour s’être rapproché d’un homme en couple. 

De son côté, Chloë Gervais, créatrice du podcast Hot Girls Only et petite-amie de Squeezie, est régulièrement accusée de “provoquer” son amoureux par son comportement. Elle sortirait trop, parlerait trop de ses anciennes relations, s’exprimerait trop librement sur le sexe. Prise pour cible par le compte Twitter KobzDetaille à l’origine d’un cyberharcèlement de masse, l’influenceuse a porté plainte contre son hater en janvier 2024. Le 25 mars dernier (plus d’un an après la plainte), la plateforme X a décidé de suspendre son compte. Dans sa plainte, Chloë Gervais précise avoir “envoyé des dizaines de signalements”, sans que jamais ces derniers ne soient pris en compte. “On est sur quelqu’un qui harcèle, qui s’acharne sur les créatrices au rythme de plusieurs de dizaine de tweets par semaine, parfois pendant des mois,” a-t-elle rappelé. 

La “manosphère”, mise en valeur par les plateformes ?

Pour Laura Pereira Diogo, les déclencheurs de cette violence en ligne sont surtout “les algorithmes des réseaux sur lesquels on poste, ce qu’ils vont mettre en avant auprès de quels publics, selon les âges, le genre.” Sauf que, selon une étude menée par des chercheurs britanniques, une application comme TikTok pousserait la multiplication des contenus sexistes et misogynes notamment auprès des publics de jeunes garçons. Pour mener cette étude à bien, les chercheurs ont travaillé pendant une semaine sur un millier de vidéos de la plateforme TikTok, en partant de quatre archétypes parmi les profils d’utilisateurs de l’application : “des individus qui souffrent de solitude, des individus focalisés sur le développement de leurs connaissances sur la santé mentale, des individus qui s’intéressent au sport, à la musculation, et enfin des individus qui s’intéressent aux « Droits des hommes », un mouvement qui rejette l’idée que les hommes sont privilégiés par rapport aux femmes dans la société,” détaille un sujet France Inter. Selon le rapport de l’étude, « après seulement cinq jours d’utilisation de TikTok, le niveau de contenu misogyne présenté sur la page « Pour toi » de TikTok est multiplié par quatre,” précisant que, sur la plateforme, « le contenu dangereux est présenté comme du divertissement ». Dès lors, les comportements féminins sont scrutés pour être mieux dénoncés dans ses sphères masculinistes qui gangrènent Internet. 

Et les plateformes, elles, cautionnent. Richard Reeves de la Brookings Institution rappelle notamment, pour la BBC, qu’Andrew Tate, figure de proue de ces mouvements masculinistes, s’est vu interdire l’utilisation son compte Twitter pour un tweet dans lequel il a déclaré que les femmes devraient « assumer la responsabilité » d’avoir été agressées sexuellement. Mais le site a rapidement restauré son compte. Une micro-censure qui, pour ses fans, sont une entrave monstrueuse à la liberté d’expression, renforçant l’idée que les femmes tentent de prendre le pouvoir sur les hommes. Et qu’il faut donc “réprimer” cette tentative de domination par l’humiliation. 

Sommes nous condamnées ?

Pour lutter contre ça, en décembre dernier, l’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu a lancé l’initiative “Safe Place” pour dénoncer les campagnes de haine et de cyberviolences dont sont victimes les créatrices de contenu. La première session a eu lieu la semaine dernière et promet de créer un réseau de femmes influentes qui pourraient s’entraider et bénéficier de conseils personnalisés, de personnels de la police spécialisés en cybersécurité ou d’autres influenceuses également victimes de cyberharcèlement. Mais si cela est encourageant, est-ce franchement suffisant ?

Crédit photo : Capture d’écran Twitter

Cela entraîne une forme de solidarité masculine, et de grandes figures politiques comme Donald Trump prennent même parti dans ces histoires de tromperies publiques. En 2012, alors que Kristen Stewart est photographiée au bras d’un autre homme que son petit ami de l’époque Robert Pattinson, l’actuel président des Etats-Unis tweet : “Robert Pattinson ne devrait pas se remettre avec Kristen Stewart. Elle l’a trompé comme une chienne et elle le refera. Il peut trouver bien mieux” ou encore “Tout le monde sait que j’ai raison de penser que Robert Pattinson devrait larguer Kristen Stewart. Dans quelques années, il me remerciera. Sois malin, Robert”. Une prise de position d’autant plus effrayante quand on sait que, 13 ans plus tard, Donald Trump s’est rapproché d’Elon Musk et de Mark Zuckerberg, à la tête de deux des plus grosses entreprises de réseaux sociaux (X et Meta). “Avec le rapprochement entre Donald Trump, Elon Musk et Mark Zuckerberg, les acquis progressistes sont en train d’être enlevés de leur plateforme. Et sur la modération, on est dans une période où nous, Stop Fisha, on a moins de liens avec les plateformes,” admet Laura Pereira Diogo. 

Du côté des pouvoirs publics, ces derniers s’intéressent de leur côté à la question des contenus problématiques sur TikTok, et notamment de ceux qui véhiculent un message sexiste et misogyne et qui pousseraient au cyberharcelèment des femmes. Jugé comme “extrêmement préoccupant” par la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, le contenu de l’influenceur et acteur de films pour adultes AD Laurent a été supprimé de la plateforme TikTok, qui a par la suite fermé son compte, le mois dernier. Une première action qui a précédé une Commission d’Enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs à l’Assemblée Nationale. S’il a été entendu lors d’une audition, AD Laurent n’est pas celui qui a fait le plus parler. Alex Hitchens, influenceur masculiniste revendiqué, a été interpellé sur certains de ses propos, “Une femme, qu’est ce qu’elle fout dehors après 22h ?” ou encore “Vous prenez son téléphone, si elle refuse, c’est une pute”. Pourtant lorsqu’on lui demande s’il trouve problématique qu’un garçon de 13 ans accède à son contenu, l’influenceur répond que non. Voire même que ce dernier aurait tout intérêt à suivre ses conseils. Un danger dont semblent avoir enfin conscience les acteurs politiques. Alors si les femmes, à l’image d’Iris Mittenaere ou de Chloë Gervais, n’hésitent plus à saisir la justice, un coup de pouce de l’État pour faire reconnaître les risques de la prolifération et de la mise en avant de contenus sexistes et harcelants permettrait sûrement de faire avancer les choses. Et on espère dans le bon sens. 

23 juin 2025

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