Médaillé d’or aux Jeux olympiques d’Hiver de Milan, le duo composé de Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron est largement salué par la presse, tandis que Gabriella Papadakis fustige son ancien partenaire et, plus largement, le milieu du patinage. Sous les révélations, la glace craque.

Ce mercredi 11 février, la France a inscrit une nouvelle médaille d’or à son palmarès grâce à la victoire du duo de patineurs artistique Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron. Un succès et un talent indéniables pourtant entachés par des allégations de viol, de violences psychologiques, le silence imposé à une victime ou encore des situations d’emprises, notamment révélées par l’ancienne star de la discipline, Gabriella Papadakis, partenaire de Guillaume Cizeron pendant près de 20 ans.
« Pour ne pas disparaître »
Pour tous les amateurs de patins, Gabriella Papadakis est une référence. Multi-médaillée, elle a pris sa retraite en décembre 2024, pour devenir consultante. Et rédiger son livre, publié le 15 janvier dernier : “Pour ne pas disparaître”. Un ouvrage à travers lequel elle souhaite “reprendre la parole”, notamment au sujet de celui auprès duquel elle a bâti sa carrière : Guillaume Cizeron. Une publication coup de poing puisqu’elle lui vaut d’être mise au banc par NBC, pour qui elle devait commenter ces Jeux d’Hiver. “Les gens qui prennent la parole contre des systèmes d’oppression, ça ne se passe jamais très bien,” se désole-t-elle au micro de RTL. Mais que contient ce livre qui vient entacher l’or décroché par son ancien coéquipier et sa nouvelle partenaire ? Au fil des pages, l’athlète revient sur ce qu’elle qualifie de “relation d’emprise” : “En privé, il n’est plus le même, il se montre souvent contrôlant, exigeant, critique. Je m’abstiens de patiner avec lui hors surveillance d’un entraîneur, écrit-elle, L’idée de me retrouver seule avec lui me terrorise. Parfois, il m’ignore ; parfois, il joue les meilleurs amis, comme si de rien n’était. […] Sa froideur me glace le sang.” Des déclarations qui lui ont valu une mise en demeure de Guillaume Cizeron, qui évoque des accusations “fausses et diffamatoires” ainsi qu’une “campagne de dénigrement”. Une réaction qui n’a pas sembler surprendre la principale intéressée, qui explique dans un entretien accordé à Madame Figaro : “Tous les arguments qu’il utilise publiquement en ce moment sont ceux qu’il utilisait déjà dans notre relation pour minimiser ma parole, pour me discréditer, et qui faisaient partie de cette emprise. Quand les gens dénoncent ces agissements, et surtout les femmes, il y a toujours des conséquences, malheureusement”
Car la patineuse ne se contente pas de parler de sa relation avec son ancien partenaire, mais dénonce un milieu tout entier, qu’elle décrit comme “un monde systémique et malsain”. Elle parle des violences sexuelles subies, et de leur banalisation dans le monde du sport, un univers profondément sexiste : “Dans l’univers du patinage, mon corps n’est pas le mien : il doit obéir à Guillaume. Mon apparence doit obéir à un système de valeurs qui ne me correspond pas. J’appartiens à mon partenaire, à l’entraînement, à la fédération,” peut-on ainsi lire. Une citation sur laquelle elle revient, toujours pour Madame Figaro : “Je ne veux pas parler à la place d’autres personnes, mais je sais que mon expérience est très commune. C’est quelque chose que je n’ai pas réalisé tout de suite. Ce n’est pas le cas de tout le monde, je connais des gens qui sont dans des situations qui ont l’air saines et heureuses, mais ils restent minoritaires selon moi. Il y a une culture qui encourage tout cela aussi. Il n’y a personne pour protéger les femmes des dérives humaines que le milieu de la compétition peut faire ressortir.”
Le duo Fournier Beaudry-Cizeron, « équipe française du diable »
Les femmes, elles-mêmes, ne sont pas encouragées à se protéger entre elles. Sur la glace, la compétition règne. “Il y a beaucoup plus de filles que de garçons, et donc les garçons ont un peu tout le choix, tout le pouvoir, les filles ne l’ont pas, elles sont choisies et traitées des fois comme remplaçables,” analyse Gabriella Papadakis au micro de France Inter. Alors pour rester et briller, il vaut mieux se taire. Quitte à protéger des agresseurs. “J’ai dû mettre fin à ma carrière sportive car je ne pouvais plus tolérer les abus. Et maintenant, pour avoir dénoncé ces agissements, j’ai perdu mon emploi. Je ne me considère pas comme une victime,” rappelle l’ex-patineuse sur son compte Instagram. La deuxième moitié du duo-gagnant, Fournier Beaudry-Cizeron incarne bien cette position féminine. Si Guillaume Cizeron n’avait pas d’autre choix que de trouver une autre partenaire après le départ de Papadakis, il n’était pas le seul. En effet, la patineuse canadienne Laurence Fournier Beaudry devait elle aussi trouver une solution à la suspension de son compagnon à la vie comme à la glace, Nikolaj Sørensen. En juillet 2023, une ancienne patineuse artistique américaine a déposé une plainte auprès du Bureau du commissaire à l’intégrité du sport du Canada accusant Sørensen de viol. Fin 2024, le patineur a été suspendu de toute compétition pour au moins six ans après qu’une enquête l’a reconnu coupable d’agression sexuelle sur une entraîneuse de patinage artistique et une ancienne patineuse à Hartford, dans le Connecticut, en 2012.
Tonight, a new French ice dance team that exists only because of the investigation and subsequent suspension of an alleged sexual abuser could win the Olympic gold medal. Here is my @usatodaysports story (no paywall): https://t.co/0OiKFgxVAu
— Christine Brennan (@cbrennansports) February 11, 2026
Si cette dernière souhaite rester anonyme, elle a livré un témoignage glaçant à USA Today : “Il m’a tenue contre le lit avec son bras gauche, en poussant sur ma clavicule. J’avais de la difficulté à respirer, et il a inséré son pénis dans mon vagin en couvrant ma bouche avec sa main droite. À un moment, j’avais peur pour ma vie, et mon corps a cédé, il m’a violée pendant que j’étais immobile.” Invitée à réagir sur cette affaire dans le documentaire Netflix “Danse sur glace : l’éclat de l’or”, Laurence Fournier Beaudry soutient coûte que coûte son mari, qu’elle qualifie “d’homme intègre, respectueux et gentil”, elle parle aussi de l’impact qu’une telle accusation aurait sur sa carrière à elle : “Quand ils ont décidé de le suspendre, cela signifiait que sa carrière était terminée, ce qui signifiait également que ma carrière était terminée”. Et est aujourd’hui accusée non seulement de défendre un agresseur, mais aussi de discréditer les victimes. “Les commentaires de l’équipe française dans la presse et dans un documentaire Netflix créent un climat dangereux pour les patineuses qui ont besoin de signaler des abus,” poursuit la plaignante. Interrogé dans le documentaire de Netflix, le patineur américain Adam Rippon osait : “Il y a une énergie sinistre autour de ce partenariat.” Et résumait la pensée d’outre-Atlantique lors de la dernière victoire du couple, devançant le couple américain d’un point et demi. “C’est un message horrible envoyé aux survivants et victimes d’abus sexuels,” conclut un éditorial d’USA Today, paru jeudi 12 février. Une colère qui se lit également sur les réseaux sociaux, où le binôme est appelé « équipe de France du diable ».
12 février 2026