L’ancien assistant de Basquiat dénonce la publicité Tiffany & Co. avec Jay-Z et Beyoncé

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Un commentaire fait par Alexandre Arnault, vice-président exécutif de la marque, a mis le feu aux poudres.

Crédit photo : Mason Poole

Décidément la dernière campagne de Tiffany & Co. aura fait grand bruit. Tout d’abord parce que la nouvelle marque, dans le giron de LVMH, avait décidé d’enrôler le célèbre couple Jay-Z et Beyoncé, mais aussi parce que dans les clichés de cette campagne, on pouvait y apercevoir un tableau encore jamais vu de Basquiat. Intitulée “Egals Pi”, la toile utilise un bleu/vert qui selon Alexandre Arnault, nouveau vice-président exécutif de la communication et des produits chez Tiffany & Co., ressemble à celui de la marque et serait même un hommage de la part du peintre décédé en 1988. C’est ce commentaire précis donné au WWD, qui va mettre le feu au poudre. “Nous n’avons aucune documentation qui dit qu’il a fait la peinture pour Tiffany. Mais nous connaissons un peu Basquiat. Nous connaissons sa famille. Nous avons fait une exposition de son travail à la Fondation Louis Vuitton il y a quelques années. Nous savons qu’il aimait New York, qu’il aimait le luxe et qu’il aimait les bijoux. Je suppose que la [peinture bleue] n’est pas par hasard. La couleur est si spécifique qu’elle doit être une sorte d’hommage.”, explique Arnault.

À gauche : image du tableau “Egals Pi” de Basquiat (Crédit Artnet) – À droite : le bleu de Tiffany’s And Co.

Un blasphème et une torture de son héritage

Alors que Beyoncé a été accusée de faire la promotion d’un diamant de sang, pour avoir porté dans cette campagne une pierre extraite des mines de Kimberley en Afrique du Sud sous l’époque des colons britanniques, c’est désormais des proches de Basquiat qui réfutent les dires d’Alexandre Arnault. La polémique a même attiré la première propriétaire du tableau. Anne Dayton, directrice de la publicité du magazine Artforum à l’époque, dit avoir déboursé 7 000 dollars pour acquérir la toile qui s’appelait “Still Pi”, lors d’une exposition à la Fun Gallery sur East 10th Street en 1982. Elle détient toujours l’acte de vente. Pour elle, il n’a jamais été question de Tiffany & Co. dans le storytelling de “Egals Pi”. “A aucun moment, il n’y a eu de lien entre ‘Equal Pi’ et la boîte bleue de Tiffany“, a-t-elle écrit dans un e-mail au New York Times. “C’est même un blasphème de le considérer. Le pouvoir brut, viscéral et subversif de Basquiat était l’antithèse du classicisme traditionnel du standard Tiffany“. Dayton avait vendu la toile lors d’une vente aux enchères de Sotheby’s un an après la mort de Basquiat pour 200 000 dollars et n’a jamais revu le tableau depuis son apparition dans la campagne avec Jay-Z et Beyoncé.

Crédit photo : Mason Poole

Si elle n’était pas une proche de Basquiat, son discours fait écho à Stephen Torton qui se présente comme l’ancien assistant du peintre. Il est d’ailleurs mentionné ainsi sur le site de Sotheby’s où l’on apprend également qui l’a aidé au début des années 80. Dans un post Instagram ce dernier a trouvé le rapprochement fait par Alexandre Arnault avec le bleu de Tiffany & Co. “absurde”. Il dénonce une appropriation perverse de la part du joaillier de luxe. “J’ai conçu et construit des toiles, peint des fonds, collé des dessins sur toile, été son chauffeur, beaucoup voyagé, parlé librement de nombreux sujets et travaillé d’interminables heures côte à côte en silence avec lui. L’idée que ce fond bleu, que j’ai mélangé et appliqué était en quelque sorte lié au Bleu de Tiffany est tellement absurde qu’au début j’ai choisi de ne pas commenter”, écrit-il. L’ancien assistant dénonce une torture de l’héritage de Basquiat qui créait lui même ses propres couleurs. “Mais cette appropriation très perverse de l’inspiration de l’artiste est de trop. « Ils » ont torturé son héritage avec des conneries condescendantes dans le show LV à Paris. Découvrez le charabia incohérent et inexact de la visite audio s’il est toujours disponible. Que « Ils » spéculent et monétisent, commercialisent et manipulent chaque manifestation de ce génie rebelle n’est pas de mon goût mais c’est le jeu. Mais laissez déchiffrer son message à ceux qui le connaissent ou laissez-le tranquille”, poursuit-il.

Depuis Stephen Torton n’a pas hésité à blaguer sur un autre tableau de Basquiat, expliquant que le orange était surement inspiré de celui d’Hermès. Joint par le Daily Beast, il assure que Tiffany’s & Co. a réécrit l’histoire de ce tableau à des fins commerciales. “Ils savent très bien où trouver des réponses à leurs questions. Quand ils ont écrit un livre sur ses influences : Egon Schiele, l’art africain, ou son intérêt pour le voodo, ils m’ont appelé en me demandant : “est-ce qu’il était au courant de ça ? Est-ce qu’il était intéressé par ça ?”. Ils savent où trouver des réponses. Ils ne sont pas intéressés par la vérité, ce n’est pas comme s’ils avaient fait une erreur”. Le tableau “Egals Pi” sera lui accroché dans la boutique Tiffany’s & Co. de la cinquième avenue à New-York pendant quelques temps. Après ça, retombera t-il peut-être dans l’oubli.

7 septembre 2021

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