À contre-courant de ses collègues, la créatrice de contenus Melissa Zeddam a repris les codes de la trend IA “rhode girl” dans un vrai shooting photo, valorisant les différents savoir-faire impliqués sur un set. Et préférant l’authenticité à l’uniformisation prônée par ce type de contenus générés par intelligence artificielle.

« La première photo que j’ai vue, j’y ai cru. En parlant avec mon frère le soir même, il m’a dit, “t’as vu ce shooting photo, c’est incroyable, les photos sont trop belles”. Il m’a montré les images, et là, je me suis rendu compte que ce n’était pas réel. » Si nous nous sommes rapprochés de Melissa Zeddam, plus connue sous le nom de “MiMi Zddm” par ses 555k followers, c’est parce qu’au milieu de la mare de “rhode girls”, elle s’est démarquée, discrètement. Avec son casque Dior, déjà, mais surtout parce que si ses photos se rapprochaient de toutes celles que nous voyions défilées sur nos réseaux depuis quelques jours, elles avaient ce petit supplément d’âme dont l’intelligence artificielle est incapable. Elles avaient été réalisées par des professionnels, sur un set, avec tout le travail et la créativité que cela exige. « En aucun cas, je n’ai été tenté de faire cette trend, nous avoue-t-elle, J’ai décidé du coup d’en faire un shooting parce que je m’étais faite avoir et que je voulais justement pas reproduire ce schéma là. Le but, c’était de montrer la réalité des choses, c’est ce qui m’a donné l’envie de monter un shooting, de faire toute une DA, dans la vraie vie. Parce que personne ne l’avait fait à ce moment-là. »
Mettre en lumière ceux qui travaillent dans l’ombre
L’idée germe un lundi. Les photos, elles, sont prises un vendredi. Une temporalité courte pour un projet édito, mais si longue par rapport aux trois clics qu’il a fallu aux autres pour générer leurs portraits rose bonbon. « Je me suis dit “écoute on est lundi, vendredi tu dois faire le shooting, tu vas tout donner”. Le message que je voulais faire passer derrière ce concept c’est : “toi tu défies l’IA, tu crées du réel à partir de l’IA.” » S’en suit alors une course folle pour l’influenceuse, qui doit démarcher des professionnels pour l’accompagner dans son projet, mais aussi gérer son stylisme ou la location d’un studio. « J’ai contacté une équipe de photographes le lundi pour le vendredi, ils ont fait le maximum pour m’accompagner, ils ont été incroyables. Il y avait aussi une DA derrière nous, qui m’a aidée sur plein d’aspect, à trouver la cagoule par exemple qu’on a déniché chez Kiabi, pour 7 euros, où à réaliser cet effet neige le jour du tournage, énumère-t-elle, Pour le stylisme, je me suis débrouillée toute seule, j’ai tout trouvé en moins de 48 heures. Le casque, je l’ai trouvé sur Leboncoin, je l’ai peint en rose. Nous étions cinq sur le set : la DA, les deux photographes, mon frère – qui est coiffeur -, et moi, qui me suis maquillée toute seule. Le vendredi, le shooting a duré environ 2h30. » Une équipe et une organisation qui a un coût : « entre 1000 et 1500 euros, puisqu’il faut compter le prix pour le photographe, le prix du studio, le prix des vêtements, le prix pour la création, » confie Mélissa. Mais qui, pour elle, ne pourra jamais être remplacée par l’IA : « Qu’est ce qui change par rapport à l’intelligence artificielle ? L’humain. Tu crées des affinités, tu rencontres des personnes, tu vis un moment unique, » sourit notre interlocutrice.

Elle poursuit : « Certes, sur ce shooting, j’ai voulu montrer qu’il était possible de recréer cette identité visuelle là dans la vraie vie. Mais j’ai aussi souhaité faire passer un message : à force de générer ces contenus, ce qu’il risque de nous manquer, c’est l’authenticité. Parce que là, on fait tous la même chose. Et c’est dommage. » La créatrice de contenus ne regrette pas son expérience, bien au contraire. Et profite de ses réseaux sociaux pour mettre un coup de projecteurs sur ceux que l’on ne voit jamais, et dont l’IA menace aujourd’hui les métiers. « Ce qui est important selon moi, c’est d’avoir des professionnels derrière, sur les sets. De pouvoir réaliser ce que tu veux, de voir que ce que tu as imaginé peut se faire grâce à ces savoir-faire, c’est encore mieux ! C’est ce message que je voulais faire passer, pour toutes les personnes derrière, celles qu’on ne voit pas, qui font nos photos, nos vidéos, qui créent des univers, les coiffeurs, les maquilleurs… Tous ces métiers très importants qui ne devraient pas être menacés et qui tendent à être remplacés par l’IA. »

Ne pas faire de l’IA une norme de beauté
En plus de vouloir rendre hommage aux professions de l’ombre, Mélissa Zeddam a également souhaité montrer qu’une autre alternative à la beauté est encore possible. Car à force de se voir sous le regard d’une IA uniformisante, savons nous vraiment de quoi nous sommes capables individuellement ? « L’IA te rend belle, mais te rend lisse, affirme la Sudiste, Lors d’un shooting, tu vas prendre encore plus confiance parce que tu es devant l’objectif, on te met en avant, c’est toi qui pose. Ça apporte bien plus de créer un vrai shooting, de vivre le moment, et de créer son propre univers. » Nous ne serons jamais aussi parfait que lorsqu’une intelligence artificielle génère un portrait de nous. Mais est-ce vraiment cela la beauté ? « On a tous des défauts, le but ce n’est pas qu’on devienne tous pareils. Il faut que l’on garde notre authenticité, c’est important. »

Sur ses clichés, le grain de la peau de Mélissa transpire la vérité, son œil pétille, ses cheveux s’emmêlent légèrement, entre les produits capillaires et la neige. Rien de tout cela ne vient gâcher le rendu, bien au contraire : cela le rend palpable, identifiable. Beau. Libre de toute contraire algorithmique, la créatrice de contenu décide de troquer le logo rhode pour celui de ses produits Dior. « J’aime autant rhode que Dior, mais je trouvais que la DA rose, girly, collait mieux avec Dior qu’avec rhode. Donc j’ai choisi de le faire avec cette marque ! Je n’ai absolument pas été rémunérée pour mettre cette marque en avant. » Voilà ce que ça donne quand on laisse la créativité humaine s’exprimer : des choix conscients, et une image de soi qui n’est pas brouillée par des canons de beauté inatteignables… car irréels. Merci Mélissa.
27 janvier 2026