Les marabouts sont aussi sur TikTok

Les femmes et les générations X et Y seraient les plus touchés par les para-sciences.

En 2018, la photographe américaine Frances F.Denny. publie une série photographique sur les sorcières modernes aux Etats-Unis

Sur TikTok le hashtag #marabout cumule 26,4 millions de vues. L’affaire Paul Pogba y est forcément pour quelque chose. Depuis que le footballeur international aurait supposément fait appel à un lanceur de sort pour jeter le mauvais oeil sur son co-équipier en équipe de France, Kylian Mbappé, le mot marabout a largement été propulsé en tête des recherches sur les plateformes. Et si la fonction est souvent associée à une figure un peu désuète du mi-sage mi sorcier distribuant ses cartes de visite à la sortie des stations de métro, la figure du marabout en 2022 revêt en réalité bien des définitions. Il suffit de voir l’étude Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès menée en 2020 pour comprendre que les jeunes sont eux aussi intéressés par les para-sciences. “Aujourd’hui, 40 % des moins de 35 ans croient en la sorcellerie contre 25 % des plus de 35 ans”, note le rapport. Et ces derniers consomment des contenus bien loin des cabinets traditionnels.

Sorcières 2.0

Pour les puristes, la sorcellerie et la magie noire n’ont rien à voir avec le marabout. L’homme qui est plus souvent associé aujourd’hui à un charlatan qu’à un conseiller, était à l’origine un homme saint (rarement une femme), reconnu comme protecteur des moissons selon la définition du Larousse. Mais depuis, le terme s’est chargé de sens divers, en raison de la confluence de différentes croyances allant des idées mystiques à des pratiques populaires superstitieuses voire magiques. Le capitalisme venant s’ajouter à cela, le marabout qui autrefois n’était rétribué qu’en logis et couverts, a dorénavant tendance à proposer une grille tarifaire. 800 euros pour retrouver l’être aimé, 600 euros pour avoir de la réussite au travail… Les sommes demandées devraient immédiatement sonner l’alerte. “99 % de ces voyants africains ne sont pas des marabouts, mais des faiseurs d’argent. Leur créneau, c’est le retour d’affection. Les arnaques peuvent faire perdre à leurs clients des sommes colossales, pouvant atteindre, 10, 20, 50, et même 100 000 euros”, expliquait Youcef Sissaoui, président de l’Institut national des arts divinatoires (Inad).

Les livres dédiés à la sorcellerie moderne se multiplient. Ici un grimoire donnant les bases de la sorcellerie avec quelques recettes de sorts et publié en 2019 par la française officiant sous le pseudonyme Jack Parker
Crédit photo : Brancheculture.com

Si ces fameux faux marabouts continuent de distribuer des cartes dans la rue, tout en proposant leurs services directement sur Internet, ce n’est pas eux que les jeunes consultent depuis les réseaux sociaux. Sur Instagram et TikTok, la science du paranormal semble être devenue l’apanage des femmes. Sorcière urbaine, sorcière des temps modernes… celles qui se présentent comme astrologue, voyante, numérologue, tireuses de carte, sont légions. Sur Insta, @sadietarotslondon propose par exemple sa recette pour stabiliser vos finances réalisée à base de basilic, de menthe, d’onyx noir et de trois pièces de monnaies que vous jetterez dans un petit sac vert. Ce talisman devra vous accompagner partout. @tarot_aishwarya555 propose de faire revenir l’être aimé en écrivant son nom et le votre au feutre rouge sur un petit bout de papier que vous insérerez dans un citron coupé en deux. Sur TikTok, @anastasiamoongirl qui cumule près de 710 000 abonnés, vend des huiles pour attirer l’amour ou rejeter le mauvais oeil. Autant de formules magiques gratuites mais que vous pouvez améliorer en glissant dans les DM de ces sorcières 2.0, moyennant finances. D’autres comptes plus occultes proposent de lancer des sorts sous les hashtags #spellwork (209.4M vues) ou #witchtok.

@anastasiamoongirl How to use the evil eye oil! #evileyeprotection #evileye ♬ original sound – Anastasia 🌙

La génération X et Y et les femmes le plus touchés

“L’engouement pour la sorcellerie peut être relié au goût prononcé des jeunes pour le paranormal, notamment véhiculé par les productions culturelles américaines”, note la chercheuse Louise Jussian dans son rapport Ifop publié en 2020. “On ne compte plus le nombre de films et de séries reprenant les thématiques de sorcellerie qui ont envahi nos grands et petits écrans depuis la fin des années 1990 : du triomphe de la saga Harry Potter à la vague vampires et sorcières impulsée par la série Charmed et la pentalogie Twilight“, détaille t-elle. Ces séries emblématiques pourraient donc avoir participé à banaliser une certaine idée de la sorcellerie, notamment chez les jeunes femmes, adeptes de ces productions. Cette banalisation de la pratique spirituelle chez les jeunes permet également de créer un sentiment de groupe, stipule la chercheuse. Avec l’astrologie par exemple, certaines s’identifient selon leurs signes. Les taureaux sont têtus, les balances cherchent l’équilibre… Un jeu identitaire renforcé par les relations en ligne démultipliées par rapport à la vie réelle, mais aussi par des produits marketing mis en vente pour surfer sur cette tendance. Les marques n’hésitent plus à sortir des collections basées sur les douze signes du Zodiaque, comme Tommy Hilfiger en 2019 ou encore le média Vogue en avril 2022 avec des pulls flanqués des images de Scorpions, Poissons ou autres Verseaux.

Image tirée de la série Charmed

Liens étroits avec le covid-19

“(…) l’engouement pour le paranormal apparaît étroitement lié à l’adhésion aux thèses complotistes et antivaccinistes”, note Louise Jussian dans son rapport Ifop. En plus d’un manque de confiance dans la science, la surmédiatisation et les fake news ont renforcé le besoin de chercher la vérité ailleurs. “Dans un contexte où Internet démultiplie les sources d’information et de désinformation, l’individu est noyé dans un flux massif de données. Face à cette perte de repères, les fake news sont nombreuses, et les gens le savent. Dès lors, n’est-il pas plus simple pour l’individu de croire en une idée rassurante plutôt que d’être dans la recherche perpétuelle d’une vérité jamais absolue ?”, se questionne la chercheuse. “Ne sachant jamais quelle vérité est la bonne, croire aux complots ou à la définition de son caractère par les astres réduit le coût de la recherche et de la réflexion, tout en apportant des clés de lecture rassurantes dans un environnement sociétal de plus en plus anxiogène“, écrit-elle.

Sorcières et marabouts partout, vérité nulle part ? PS: Le thème astral de Paul Pogba est lui disponible sur internet. Et ça c’est pas une fake news.

30 août 2022

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