Wimbledon bannit les influenceurs de son tournoi

S’ils ont bien profité de l’US Open, les influenceurs ne seront pas invités à se rendre à Wimbledon. Et pour cause : le tournoi anglais a annoncé qu’il ne prévoirait pas d’accréditations pour les créateurs de contenu. Une décision lourde de sens, qui survient après les nombreux débordements lors de la compétition américaine, à l’heure où les stars d’Internet s’approprient les événements sportifs. Quitte à les détourner en simples décors éditoriaux ?

Crédit photo : Wilson

Alors que l’US Open 2026 touche à sa fin, le tournoi londonien a annoncé qu’il ne mettrait pas en place de système d’accréditation spécifique pour les influenceurs et créateurs de contenu lors de sa prochaine édition. L’objectif est clair : éviter que les scènes observées à New York ne se reproduisent à Wimbledon, tournoi célèbre pour ses traditions.

En effet, environ 100 créateurs avaient obtenu une accréditation cette année à l’US Open, soit près du double de l’année précédente. Une stratégie assumée pour toucher de nouvelles audiences et faire entrer le tennis dans les flux TikTok, Instagram et YouTube d’un public qui ne regarde pas nécessairement les matchs à la télévision. Sur le papier, rien à contester. Mais dans les faits, cette décision a produit quelques scènes qui questionnent l’intérêt d’inviter ces publics extérieurs au tennis. Pendant un match de Naomi Osaka, des créateurs ont notamment été rappelés à l’ordre pour leur bruit et leurs prises de vue. Une ring light a même été utilisée dans les tribunes pendant une rencontre. De son côté, Jakub Menšik a fait éjecter un spectateur ivre lors de sa défaite contre Learner Tien, tandis qu’Aryna Sabalenka s’est plainte de l’odeur persistante d’herbe envahissant les tribunes lors de sa victoire contre Kamilla Rakhimova. On est loin des joueurs en blanc et de l’image ultra-maîtrisée de Wimbledon… « C’est devenu un zoo, » a ainsi résumé le joueur français Adrian Mannarino, agacé que son sport soit devenu un terrain de jeu pour les créateurs de contenu.

Crédit photo : katticuspfinch

Le sport est devenu un décor culturel

Suite à cela, plusieurs joueuses se sont montrées unanimes : si il est facile de reconnaître l’intérêt de faire découvrir le tennis à de nouveaux publics, cela doit se faire dans le respect du sport et de ses athlètes. « Je trouve vraiment ça génial d’attirer un nouveau public et je pense sincèrement que cela contribue à faire progresser ce sport, a ainsi amorcé l’Américaine Coco Gauff, Mais si on vous invite à un événement avec tapis rouge, vous n’ireriez pas en jean. Je pense qu’il s’agit simplement de respecter le règlement de ce sport. C’est tout. » Même son de cloche du côté de Naomi Osaka : « Je pense que, bien évidemment, quand on assiste à un événement sportif, il faut respecter ce sport. Je trouve que c’est une question de courtoisie élémentaire (…). Cela peut être une bonne chose que les gens popularisent le tennis auprès de leur public spécifique, mais je pense que cela doit être beaucoup mieux géré.« 

Présents à l’US Open, mais aussi à Roland Garros, à l’UFC Paris, au premier rang des matchs de la NBA ou dans les gradins du superbowl, les créateurs de contenus s’affichent de plus en plus régulièrement dans les évènements sportifs. Comme lors du Festival de Cannes ou à l’ouverture d’une boîte branchée, les loges des grands évènements sportifs sont devenus synonymes de réussite et d’exclusivité pour les créateurs de contenus. Et si cela permet de populariser le sport, n’est ce pas finalement tout ce qu’il y a autour qui finit par primer ? Peu importe que l’on joue avec une raquette ou un ballon de foot. Un tournant qui dit beaucoup de la dépendance des évènements sportifs aux marques, et aux exigences des diffuseurs. Quitte à faire passer le sport en dernier ? « La plupart se sont attachés à mettre en avant des plats tels que six nuggets de poulet garnis de caviar pour la modique somme de 100 dollars, mais le comportement déplorable des supporters est devenu un sujet récurrent, » résume ainsi un article du Sunday Times. On aurait pas dit mieux.

Qui était là ? Qui portait quoi ? Quelle marque organisait la meilleure soirée en parallèle ? Quelle vidéo va devenir virale ? Le monde du sport devient alors un décor éditorial comme un autre. Pour Aaron Times, journaliste sportif pour Le Guardian, « le tournoi est imprégné d’influence commerciale : plus qu’une simple série de matchs de tennis, l’US Open est une vitrine pour des marques qui vantent tout, du yaourt aux voitures à 100 000 dollars. » Le spécialiste poursuit : « Les organisateurs du tournoi n’ont pas le droit de se plaindre de tous ces influenceurs indisciplinés alors qu’ils ont eux-mêmes courtisé de manière si servile l’argent qui fait affluer ces influenceurs ; un tournoi bâti sur des activations de marques et des partenariats promotionnels louches, avec tout le chaos qui en découle, est bel et bien le fruit de leur propre création. Si l’USTA souhaitait réellement réduire l’impact des influenceurs à l’US Open, elle réduirait sa propre dépendance vis-à-vis des marques qui les sollicitent. Mais cela, bien sûr, n’arrivera jamais. »

14 septembre 2026

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