C’est quoi une cheffe de l’Impact et de l’Inclusion ?

Patricia Mejia, “Chief Impact & Inclusion Officer” de l’équipe de basketball de San Antonio, les Spurs, nous en a dit un peu plus sur son travail, mais aussi sur sa place de femme latina dans un secteur aussi masculin. 

Crédit photo : Anne Sophie Benoit pour ANCRÉ

Si les noms des sportives, aussi performantes soient-elles, peinent à rester figés dans l’esprit des amateurs de foot ou de basket, quand elles sont en dehors des terrains, les femmes deviennent presque invisibles. Et pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses à tenter de rendre les différentes disciplines toujours plus inclusives, en opérant à l’ombre de leurs bureaux. Et alors que l’on assistait à la deuxième édition parisienne du Spurs Community Leadership Institute (SCLI) au Parc des Princes, réunissant un groupe diversifié de femmes leaders dans le sport, nous avons eu l’opportunité d’interroger l’une d’entre elle : Patricia Mejia.

Crédit photo : Anne Sophie Benoit pour ANCRÉ

ANCRÉ : Bonjour Patricia ! Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer en quoi consiste votre travail ?

Patricia Mejia : Je m’appelle Patricia Mejia, et je suis Chief Impact & Inclusion Officer des San Antonio Spurs. Peut être que ce titre ne vous dit rien en France, mais je vous assure que c’est un poste qui existe aussi chez vous ! (rires). En gros, on se demander au quotidien : comment utiliser cette incroyable plateforme du sport pour rassembler tout le monde, pour unir les gens ?

Une partie de mon équipe travaille par exemple sur le sport pour les jeunes. Nous organisons des activités autour du basketball, bien sûr, mais aussi du football. Nous avons également une ligue inclusive, destinée aux personnes ayant différentes capacités. Donc, du côté sportif, c’est ce que nous essayons de faire. Une autre partie de notre travail concerne les investissements dans la communauté. Nous examinons comment faire des contributions financières à des organisations qui aident les communautés à devenir plus fortes et à prospérer.  Enfin, la dernière partie de notre équipe est vraiment axée sur le développement du leadership. Par exemple, comme aujourd’hui, nous invitons des groupes de personnes — dans ce cas des femmes, parfois des enseignants —, à participer à tout un programme de développement du leadership. Donc, en résumé, il s’agit de se demander : comment pouvons-nous utiliser cette plateforme pour bénéficier à la communauté de toutes les manières possibles ?

Vous avez occupé plusieurs postes chez les Spurs, notamment autour de l’inclusion.  Pouvez vous me parler de cette division ? 

Mon équipe réfléchit constamment à comment être inclusive, comment faire en sorte que les gens sentent que le sport est un espace pour eux, et que l’organisation, les Spurs, se soucient de qui ils sont et veulent les accueillir. Tout est une question d’appartenance.

Un point important dont nous parlons souvent est que nous voulons former des leaders et créer des héritages. Nous savons que tout le monde ne deviendra pas un athlète professionnel, mais chacun peut être un leader dans sa propre communauté. Donc nous voulons faire tout ce que nous pouvons : dans le sport pour les jeunes, par exemple, leur apprendre le travail d’équipe, le leadership, ou, dans un programme comme celui-ci, les soutenir et leur montrer que cette équipe et cette marque se soucient de leur développement et veulent les accompagner.

Crédit photo : Anne Sophie Benoit pour ANCRÉ

Comment vivez vous le fait d’être une femme à un haut poste dans le monde du sport ? 

C’est une question qui m’émeut beaucoup. Même ce matin, nous étions dans une réunion exécutive avec le PSG et les Spurs. Et je n’oublie jamais que nous sommes peu nombreuses, pas seulement dans le basket ou le football, mais dans l’ensemble du monde du sport. C’est un privilège de chercher chaque jour comment faire de notre mieux, mais aussi comment créer des chemins pour que cette situation ne soit plus la norme.

Chez les Spurs, ils investissent dans les femmes leaders depuis très longtemps. Comme vous le savez, Becky Hammon a été la première entraîneuse en NBA. Aujourd’hui, dans notre comité de direction, plus de la moitié sont des femmes. Quand je pense à l’avenir, je réalise que c’est un engagement très fort de l’organisation pour valoriser les perspectives diverses.

Sur le terrain, nous avons des joueurs venus du monde entier. De la même manière, avoir des perspectives différentes dans les bureaux est tout aussi important. C’est un privilège, et je dois me rappeler chaque jour à quel point c’est incroyablement génial. Mais je dois aussi me rappeler que mon point de vue compte. Parfois, si je suis un peu nerveuse, je dois me dire : prends la parole. Être une femme est une position précieuse, une perspective précieuse. Donc je me répète souvent : « parle, vas-y, tu peux le faire. »

Pensez-vous qu’il n’est pas naturel pour les femmes d’avoir confiance en leurs idées et en leur position ? Comme vous l’avez dit, vous devez vous le rappeler…

Je me demande parfois si les hommes aussi doutent d’eux-mêmes, mais qu’ils ne le montrent pas. Je pense que c’est naturel. Si on pense au rôle que les femmes jouent dans les communautés et dans les familles, nous sommes des leaders. Que vous ayez ou non un poste officiel de direction dans le sport, les femmes façonnent le monde entier.

Nous devons simplement nous l’approprier et le reconnaître. Que ce soit dans le sport ou dans nos familles, nous participons à la manière dont le monde fonctionne. Peut-être que vous avez raison : il faut se le rappeler. Mais je ne veux pas nier que c’est parfois un peu intimidant, parce que l’on entre dans des espaces où il y a plus d’hommes que de femmes. Alors il faut se donner un petit discours intérieur : « J’ai ma place ici. J’ai quelque chose de précieux à apporter dans cette pièce. » Et je dois le dire, parce que ce n’est pas seulement pour moi. C’est pour la moitié du monde.

Crédit photo : Anne Sophie Benoit pour ANCRÉ

Non seulement vous êtes une femme dans le domaine encore très masculin du sport, mais vous êtes aussi une femme latina… 

Je vais essayer de ne pas pleurer (rires). Quand j’ai obtenu ce poste, comme beaucoup de femmes — et je sais que c’est particulièrement vrai pour les femmes de couleur, parce que c’est mon expérience —, il y a eu un moment où elles se sont arrêtées et ont dit : « reconnaissons ce qui vient de se passer. » J’en ai encore des frissons. Elles m’ont organisé une grande fête surprise. Ce n’était pas à propos du poste. C’était à propos de ce que cela représentait pour nous toutes. Je dis cela avec beaucoup de fierté. Je pense à ma mère, à ma grand-mère, à toutes celles qui ont lutté mais qui croyaient que nous pouvions faire plus et qui nous ont poussées à être présentes dans ces espaces.

Aujourd’hui, nous sommes ici avec l’équipe du PSG pour parler de la place des femmes dans le sport. À quel point une journée comme celle-ci est-elle importante ?

Il n’y a pas vraiment de mots pour le dire. J’attendais ce moment depuis plusieurs mois. C’est la deuxième fois que nous le faisons. Je n’ai même pas voulu lire les biographies de toutes les participantes, parce que cela me rend nerveuse : cette salle est pleine de femmes puissantes, venues de différents pays, qui ont utilisé le sport pour faire avancer leur vie.

Même quand c’était difficile, elles ont continué à s’appuyer sur le sport pour avancer. Cela signifie énormément, pas seulement pour moi, mais pour elles. Je vais vous faire rire : l’année dernière, quand nous préparions l’événement, quelqu’un m’a dit : « Les femmes françaises ne sont pas comme les Américaines. Elles ne vont pas pleurer. » Je m’étais donc préparée à ça. Mais dès le début, je leur ai demandé d’être vulnérables, de considérer cet espace comme un espace sûr. Au bout de dix minutes, tout le monde pleurait (rires).

Et elles nous ont demandé de continuer à organiser ces rencontres. Parce que nous devons nous rappeler les unes aux autres que nous sommes extrêmement puissantes telles que nous sommes. Et qu’il y a tant de “sœurs” qui veulent vous tendre la main, vous soutenir et marcher à vos côtés. Donc aujourd’hui est spécial à bien des égards. Mais si je devais le dire en une phrase : c’est rappeler aux femmes à quel point elles sont puissantes.

Patricia Mejia
Crédit photo : Anne Sophie Benoit pour ANCRÉ

Quand on parle des femmes dans le sport, on les imagine souvent sur le terrain. Mais vous existez aussi en dehors du terrain, dans les bureaux. Quelle différence cela fait-il d’avoir des femmes dirigeantes dans une organisation sportive ou dans les grandes entreprises ?

Le sport rassemble tout le monde, n’est-ce pas ? Vous pouvez venir au stade ou sur le terrain et être porté par l’énergie qui s’y dégage. Mais il faut bien plus que les athlètes pour que tout cela fonctionne. Pour moi, avoir des femmes dans tous les aspects du sport nous aide à mieux comprendre tous nos supporters. Les fans n’ont pas un seul genre. Donc avoir notre perspective sur le marketing, sur l’évolution de l’organisation, sur ce dont l’entreprise a besoin pour rester connectée à ses fans, doit exister à tous les niveaux : le coaching, le sportif, les bureaux. Partout.

Selon vous, que faut-il améliorer pour atteindre une plus grande inclusion et représentation des femmes dans le sport ?

Des personnes courageuses. Et par là, je ne parle pas seulement des femmes qui osent franchir le pas, mais aussi de nos alliés masculins qui comprennent la valeur des perspectives diverses et l’importance d’avoir ces voix autour de la table. Ce n’est pas faire une faveur à quelqu’un. Les femmes sont talentueuses, compétentes, et elles peuvent faire progresser le sport. Donc des personnes courageuses, qui brisent les barrières et qui disent : « Cela ne fonctionne plus comme ça. Je vais créer un espace pour une femme. » C’est cela qui changera réellement ce qui est possible dans le sport, quel qu’il soit. Parce que cette perspective est unique.

16 mars 2026

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