Aux JO de Milan, les athlètes féminines ont brillé par leurs performances, mais aussi par leur sororité et leurs prises de position.

Et si les Jeux Olympiques d’hiver de Milano Cortina étaient ceux des femmes ? Si l’on a souvent reproché au monde du sport d’invisibiliser ses athlètes féminines, ces dernières semblent avoir pris le devant de la scène d’assaut, en brillant sur la glace ou sur les pistes. Mais aussi en affichant leur joie de vivre ou leurs convictions face au monde, si habitué aux sportives dociles et discrètes, planquées dans l’ombre des hommes.
Avant même le début de la compétition, les JO d’hiver 2026 s’affichaient déjà comme les plus paritaires de l’histoire, avec 47% d’athlètes féminines, soit une augmentation de 1,6 % par rapport à Pékin 2022. “Cela brise le stéréotype de la femme faible ou incapable. Je trouve ça fantastique., se félicite Gaby Ahrens, tireuse trois fois championne olympique, Les Jeux olympiques sont une plateforme mondiale. Dans de nombreuses cultures, la parité n’est pas encore atteinte. C’est donc un formidable encouragement et un grand mouvement.” Une parité également célébrée par Katrina Adams, tenniswoman et lauréate mondiale du prix CIO 2023 de championne de l’égalité des genres, de la diversité et de l’inclusion : “Le sport a le pouvoir de transcender le simple cadre sportif. Il est un facteur d’égalité où la race, le sexe et l’origine ethnique n’ont aucune importance. Les meilleurs athlètes sont là, en compétition ; peu importe votre apparence ou votre identité.” Pourtant, à regarder les éditions précédentes, les femmes avaient beau gagner des médailles, les noms qui ressortaient comme étant ceux de champions étaient majoritairement masculins. Un temps révolu ?
Les Italiennes sur le toit du monde
Car celles qui ressortent comme les grandes gagnantes de ces Jeux sont bien des femmes. La preuve avec la délégation italienne : toutes les médailles d’or individuelles ont été remportées par des femmes. Francesca Lollobrigida, devenue double championne olympique de patinage de vitesse, Arianna Fontana et son record de 13 médailles olympiques, Federica Brignone et ses deux premiers titres olympiques après une chute survenue il y a moins d’un an… Les Italiennes ont battu tous les records !
N’en déplaise à leurs coéquipiers masculins, qui n’ont pas toujours fait preuve de bon esprit : “Arianna Fontana ? Mais qui la connaît ?”, a ainsi lâché le patineur Pietro Sighel à La Republicca ce jeudi 12 février, seulement deux jours après leur sacre en équipe. “C’est incroyable qu’en 2026 certaines personnes aient toujours besoin de preuves que les femmes athlètes sont incroyables, s’agace Lena Felton, directrice éditoriale de Popsugar, Mais j’adore quand les chiffres parlent pour eux même !” Elle est rejoint par son collègue Chandler Plante : “Les hommes devraient prendre des notes plutôt que d’envoyer des piques.”
L’équipe de hockey féminine de USA décline l’invitation de Trump
Du côté des Etats-Unis, même constat, sauf qu’à l’ici, la tendance n’est pas nouvelle : en effet, pour la sixième édition consécutive, les femmes ont remporté plus de médailles que les hommes. N’en déplaise à Donald Trump qui s’est amusé de son devoir d’inviter l’équipe de hockey féminine (qui a remporté la médaille d’or pour la première fois depuis 2018) “sous peine d’être destitué” plutôt que celle des hommes (qui n’a pas remporté la médaille d’or), dans une vidéo devenue virale qui tend à minimiser la performance féminine. Une invitation élégamment déclinée par les hockeyeuses : “Nous sommes sincèrement reconnaissants de l’invitation adressée à notre équipe féminine américaine de hockey sur glace, médaillée d’or, et nous apprécions profondément la reconnaissance de leur performance exceptionnelle, a déclaré un porte-parole de USA Hockey, En raison du calendrier et des engagements scolaires et professionnels déjà prévus après les Jeux, les athlètes ne pourront pas y participer.”
Alysa Liu, superstar
Après avoir été la plus jeune championne nationale américaine à l’âge de 13 ans et obtenir la sixième place aux JO de Pékin à l’âge de 16, Alysa Liu lâche son sport, pour vivre une vie d’adolescente normale. Dégoûtée par la pression, les régimes alimentaires et le rythme infernal, elle raccroche les patins avant de les rechausser l’année dernière, à ses conditions. Elle choisit tout : ses horaires d’entrainement, ses tenues, ses musiques, sa nourriture. Et devient, lors de ces JO, la première femme de l’équipe américaine de patinage artistique a remporter l’or depuis 2002. Alysa Liu ne s’est pas contenté d’établir de nouveaux records, mais a également imposé de nouveaux standards. En imposant son style, mais aussi sa joie, la jeune femme a prouvé au monde entier que le haut niveau ne devait pas nécessairement s’exercer dans la douleur.
De quoi inspirer les athlètes du monde entier, à commencer par la coéquipière d’Alysa Liu, Amber Glenn, qui a déclaré : “Cela va avoir un impact considérable sur la perception de ce sport par de nombreuses personnes. Je pense que les gens pourront constater sa nouvelle approche du patinage et voir à quel point elle y parvient désormais de manière plus saine et plus efficace. J’espère que beaucoup pourront s’en inspirer.” Un bel exemple de sororité de la part des deux championnes, qui rompent avec le modèle Harding/Kerrigan jusqu’alors imposé par les médias. “C’est une de mes amies les plus proches,” poursuit Amber Glenn.
Amber Glenn, pionnière queer
En plus d’être une championne de la sororité, Amber Glenn s’est également illustrée en étant la première patineuse artistique américaine ouvertement queer, profitant des Jeux pour ouvrir la discussion au sujet de la justice sociale et des droits des personnes LGBTQIA+. “L’administration Trump a été une période difficile pour notre communauté. Ce n’est pas la première fois que nous avons eu à nous unir en tant que communauté et que nous nous sommes battus pour nos droits humains,” a-t-elle ainsi déclaré en conférence de presse.
Médaillée d’or aux JO, elle s’est également illustré par sa dé-tabouisation des règles et les conséquences que les menstruations peuvent avoir sur les performances. Au micro de France Télévision, la patineuse a avoué sans détour : “J’ai mes règles en ce moment, donc c’est vraiment très difficile, surtout quand on porte ce genre de vêtements et qu’il faut être performante devant le monde entier. C’est dur, et personne n’en parle. C’est effrayant, on est bouleversée, ça rend super émotive, et c’est dur, mais il faut quand même être une athlète. C’est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup concernant les athlètes féminines, alors que ce devrait être un sujet de discussion.”
Elana Meyers, qui prouve qu’il n’y a pas d’âge pour être une championne
Dans un monde où l’agisme règne et où l’on célèbre les athlètes pour être les plus jeunes à établir des records, la bobeuse américaine Elana Meyers marque l’histoire en devenant la sportive la plus âgée à remporter une médaille d’or lors de Jeux d’hiver, devant le snowboardeur autrichien Benjamin Karl, 40 ans, également médaillé à Milan. A 41 ans, elle prouve que le monde ne s’arrête pas à 30 ans, au contraire. Avec ce podium, elle devient également la bobeuse la plus médaillée de l’histoire et la première mère de famille à gagner l’or en bobsleigh. “Cette médaille est également dédiée à toutes ces mères qui n’ont pas nécessairement pu réaliser leurs rêves, mais dont les enfants sont désormais leurs rêves,” a-t-elle déclaré après avoir reçu l’or.
Maman de deux enfants en situation de handicap, elle profite également de son exposition pour sensibiliser au sujet : “Tant de personnes à travers le monde m’ont contactée pour me raconter leur histoire, me dire qu’elles ont un enfant trisomique ou sourd et qu’elles croient en moi. C’est tout simplement incroyable.” Un engagement qu’elle étend également à d’autre causes, notamment le racisme (elle-même, Afro-américaine, en a été victime) et à l’égalité homme-femme dans le sport, en devenant, en 2019, la présidente de la Women’s Sport Fondation, créée par Billie Jean King.
Le premier podium 100% asiatique
Trois snowboardeuses ont écrit l’histoire en formant le premier podium féminin entièrement asiatique de leur discipline. La Sud-Coréenne Choi Ga-on, âgée de 17 ans, a remporté l’or tandis que l’Américaine d’origine coréenne Chloe Kim a décroché l’argent dans sa tentative de réaliser un triplé sans précédent. La Japonaise Mitsuki Ono a, quant à elle, obtenu le bronze. Loin d’être déçues, les deuxièmes et troisièmes places ont célébré ce podium, s’affichant complices les unes avec les autres. Montrant qu’il y a parfois plus imposant que la victoire ou la défaite.
Eileen Gu, la joie du record
Grande favorite de sa discipline, la skieuse Eileen Gu n’a finalement remporté “que” deux médailles d’argent, en slopestyle et en big air. Et alors que les journalistes anticipent une déception, la Chinoise a tenu à mettre les choses au clair : “Je suis la femme la plus décorée de l’histoire du ski acrobatique (…) Remporter une médaille aux Jeux olympiques est une expérience qui change la vie de chaque athlète. Le faire cinq fois est exponentiellement plus dur, car chaque nouvelle médaille est tout aussi difficile à gagner pour moi, mais les attentes des gens autour augmentent. Pour être tout à fait honnête, je pense que considérer cela comme deux médailles perdues est une approche quelque peu ridicule.”
Quatrième sportive la mieux payée au monde d’après Forbes, elle est aussi mannequin pour l’agence IMG Models, et l’une des sportives les plus populaires des Jeux. Ce qui lui a valu une pique de JD Vance, qui s’est agacé de sa décision de concourir pour la Chine, bien qu’elle soit née aux Etats Unis. Ce à quoi la “princesse des neiges”, comme elle est surnommée, a répondu : “Si je n’avais pas de bons résultats, je pense qu’ils s’en soucieraient moins.”
24 février 2026